Dossier FCFA : la Françafrique divise les dirigeants africains

Partie 3 : les Cfobes contre les Cfiles

Après plus d’un demi-siècle d’indépendance la scène politique africaine est plus que jamais divisée sur la sortie ou non de la zone FCFA. Depuis plus d’une décennie les observateurs constatent une volonté manifeste de certains dirigeants africains de s’opposer officiellement au FCFA. Parmi les frondeurs ou Cfobes les chefs d’Etat du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad. Il s’agit donc de pays sahéliens les plus pauvres d’Afrique donc les plus vulnérables à tout processus de changement.

 Il y a ceux qui ont adopté la neutralité comme la Centrafrique, la Guinée équatoriale et la Guinée Bissau. Les Etats les plus puissants et les plus francophiles ou Cfiles chefs de file de la Françafrique, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, et le Bénin suivis de près par la RDC, du Gabon et du Togo.

Cette opposition au FCFA portée par les dirigeants sahéliens semble plus s’orienter vers une contestation d’une monnaie coloniale que vers une volonté politique de sortir de la zone Euro. L’influence militaire depuis 2013 au Mali pour lutter contre le terrorisme est un autre facteur qui risque de faire changer d’avis le Niger, le Mali le Burkina le Tchad regroupés aujourd’hui sous G5 Sahel où la France est maîtresse d’œuvre dans tous les domaines militaire et économique pour mieux asseoir sa domination sur ces anciennes colonies.

 Certains observateurs pensent que les quatre dirigeants sahéliens sont motivés par leur volonté d’adopter l’ECO comme une monnaie africaine dans le cadre de la CEDEAO la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui pourrait prendre effet à partir de 2020. En attendant le paradoxe continue parce qu’aucun de ces états n’a jamais poussé plus loin le bouchon c’est-à-dire demander le retrait unilatéral de son pays de la zone franc aujourd’hui Euro qui est pourtant prévu aux articles 12 et 17 des accords de coopération monétaires conclus entre 72 et 73 par le gouvernement français avec chacune des zones CFA.

Echec de la politique africaine de l’immigration

Cette contestation africaine du FCFA est aujourd’hui bien relayée en France notamment par la diaspora africaine issue de ces pays. La raison est simple à cause de leur mauvaise intégration en France. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près de 2 millions d’ivoiriens, sénégalais et maliens pour ne citer que les immigrés d’Afrique noire les plus nombreux, vivent en France avec des emplois précaires et peu de qualification.

Le constat est frappant. Echec scolaire et chômage très important chez les fils d’immigrés originaires de ces trois pays en grande partie. Une situation qui illustre une politique africaine de l’Elysée basée sur un partenariat gagnant pour la France et perdant pour l’Afrique. Des immigrés confinés dans des banlieues et toujours stigmatisés par la classe politique et les médias servant de fonds de commerce pour l’extrême droite le Front national devenu Rassemblement national. C’est sur ce terreau fertile de ressentiments que la critique du CFA trouve toute sa légitimité de contestation notamment parmi les jeunes dont le plus célèbre le franco-béninois Kémi Séba qui va devoir quitter l’Hexagone pour poursuivre le combat dans son pays d’origine et dans tous les pays de la zone franc.

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

Suggestion kassataya.com :

Dossier FCFA : la Françafrique, un frein à l’indépendance économique de l’Afrique

 Dossier FCFA : la Françafrique, un obstacle à la souveraineté monétaire de l’Afrique

 

(Reçu à Kassataya le 17 octobre 2019)

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