Poker menteur et guerre des mots entre le PSG et Neymar Jr

Les négociations sur le vrai-faux départ de la star brésilienne du Paris-Saint-Germain tournent au jeu de dupes entre le club, le joueur et le FC Barcelone, notamment.

Offre juteuse assortie de l’arrivée de plusieurs joueurs chevronnés, prêt avec option d’achat obligatoire, somme colossale… Les dirigeants du FC Barcelone ont eu beau déployer des trésors d’imagination pour échafauder la formule qui leur permettrait d’arracher l’attaquant brésilien Neymar Junior des griffes du Paris-Saint-Germain, rien n’y fait. Et même si la vedette brésilienne n’est une nouvelle fois pas présente dans le groupe des joueurs du PSG qui affronte Toulouse dimanche 25 août lors de la troisième journée de Ligue 1, son départ devient de plus en plus hypothétique.

Aucune proposition n’a en effet jusqu’à présent trouvé grâce aux yeux de Leonardo, l’inflexible directeur sportif du club de la capitale, revenu aux commandes après six ans d’absence. Trois offres sont pourtant arrivées sur son bureau, ces dernières semaines. La dernière en date a émané du Real Madrid, enclin à céder, en plus de 100 millions d’euros, trois éléments confirmés, mais indésirables (le gardien Keylor Navas, l’ailier gallois Gareth Bale et l’attaquant colombien James Rodriguez) en échange du seul Neymar Junior. Offre d’emblée retoquée par le PSG.

A en croire la presse sportive, l’état-major du PSG aurait posé, vendredi 23 août, un ultimatum au Barça, désireux de revenir une ultime fois à la charge avec une formule plus alléchante. Dans le même temps, la Juventus Turin serait, elle aussi, sur le point de faire la danse du ventre pour attirer la star de 27 ans dans ses filets. A quelques jours de la clôture du marché estival des transferts, lundi 2 septembre, les dirigeants bianconeri seraient prêts à mettre la main au portefeuille en versant la somme minimale de 100 millions d’euros réclamée par le PSG, tout en proposant le prodige argentin Paulo Dybala, que le PSG désire, comme monnaie d’échange.

« Les comportements de stars »

 

Cette énième parade nuptiale suffira-t-elle à convaincre Leonardo de « libérer » son compatriote, désireux de quitter Paris et la Ligue 1 après seulement deux saisons gâchées par les blessures ? Rien n’est moins sûr tant l’émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al Thani, propriétaire du club par l’intermédiaire du fonds Qatar Sports Investments (QSI) depuis 2011, et son président, Nasser Al Khelaïfi – dit « NAK » –, refusent de lâcher le joueur le plus cher de l’histoire, acheté au FC Barcelone contre 222 millions d’euros à l’été 2017 et principale vitrine marketing et commerciale de l’équipe.

Depuis la sortie fracassante de « NAK » en juin, dans France Football, soudainement rebuté par « les comportements de stars » dans son vestiaire, le feuilleton du vrai-faux départ de Neymar s’apparente de plus en plus à une guerre de communication, voire à une partie de poker menteur, avec son lot d’intox, de folles rumeurs, de déclarations enflammées, de tentatives de déstabilisation et d’outrances.

Un sommet a été atteint, le 11 août, lorsque les supporteurs dits « Ultras » du PSG ont réclamé le départ de la star, en brandissant une banderole au contenu très explicite (« Neymar, casse-toi ») lors de la réception de Nîmes au Parc des Princes, en clôture de la première journée de Ligue 1. Autorisé par la direction du PSG à réinvestir le virage Auteuil en octobre 2016, six ans après l’entrée en vigueur du plan de sécurisation du stade, le Collectif Ultras Paris (CUP) n’a pas pardonné au Brésilien d’avoir confessé, en juillet, que la légendaire remontada (« remontée ») du FC Barcelone contre le PSG (victoire 6-1 au Camp Nou après une défaite 4-0 au Parc), en mars 2017, constituait « le meilleur souvenir de sa carrière ».

« Le problème, c’est que les gens sont détestés lorsqu’ils sont vrais, et aimés lorsqu’ils sont faux », a rétorqué de manière sibylline Neymar sur Instagram, paraphrasant le chanteur Bob Marley. La direction du PSG a-t-elle cautionné l’initiative tapageuse des Ultras, comme le suggèrent plusieurs sources proches de l’équipe ? « Le club ne savait pas ce qui allait se passer le 11 août, mais il s’en doutait et priait pour qu’il ne se passe rien », répond le CUP.

Lire aussi Ligue 1 : pour les supporteurs ultras du PSG, Neymar « a craché sur l’institution »

A quoi jouent les dirigeants du PSG, insondables voire déroutants sur ce dossier ? Et ce, alors que Leonardo, enclin à indiquer que les discussions avançaient, a fait un pas en arrière en rappelant que Neymar avait « un très bon fond » et restait « un joueur du PSG ». « Si le club a fait monter la sauce et a instrumentalisé les supporteurs, cela peut être un jeu dangereux à cause des fractures avec le public. Mais le football a peu de mémoire et l’immédiateté et le résultat priment : deux buts inscrits à l’extérieur par Neymar lors de son retour et ce sera fini », estime l’agent de joueurs Bruno Satin, ex-directeur mondial de la division foot de la compagnie d’agents IMG et grand connaisseur du marché international.

Une question d’image pour l’Etat du Qatar

 

Tandis que la star et son père, qui gère ses intérêts, s’activent en coulisses avec l’agent anglo-israélien Pini Zahavi pour quitter le PSG avant la fin du mercato, tout semble actuellement indiquer que la direction du club ne souhaite pas lâcher prise. « Le PSG n’a pas l’intention de vendre Neymar, qui est prisonnier de son contrat en or, affirme un agent proche du PSG. Tout ça constitue un coup de bluff. L’émir du Qatar n’accepte pas la pression et le club ne va pas plus se plier aux caprices d’un champion. Le discours est désormais : “Je te paie mais tu es en dessous du club.” C’est davantage une question d’image pour l’Etat du Qatar que de politique sportive. »

En faisant mine d’ouvrir la porte à Neymar, le PSG a-t-il souhaité en réalité procéder à un serrage de vis et recadrer sa diva capricieuse ? « Depuis le début, j’ai toujours pensé qu’il s’agit d’une sérieuse reprise en main du PSG, qui ferait semblant d’étudier les propositions, ajoute Bruno Satin. L’épisode Neymar est unique et montre la faiblesse de l’institution PSG. C’est du jamais-vu. Leonardo est revenu et veut montrer ses muscles avec son discours sur le comportement de Neymar. Il n’y a pas beaucoup de solutions car peu de clubs ont les sous et peuvent payer le salaire du joueur (3,06 millions d’euros brut mensuels selon L’Equipe). Le Barça a acheté Antoine Griezmann (contre 120 millions d’euros) et le Néerlandais Frenkie de Jong (pour 75 millions). Sa masse salariale est déjà colossale. »

« L’arbre qui cache la forêt »

 

De surcroît, il n’est pas si simple d’imaginer Neymar retourner au Barça, institution en froid avec le PSG et avec lequel le Brésilien a mené une guerre sur le terrain judiciaire lors de son départ. Un procès doit toujours se tenir le 27 septembre à Barcelone, le Brésilien réclamant une prime à son ex-club (2013-2017). Pour Bruno Satin, même « si Neymar pense que le soleil ne brille pas assez à Paris et si son père est un mauvais génie et une machine à cash », le joueur reste « le meilleur que le championnat de France a accueilli », et « l’arbre qui cache la forêt, les lacunes du PSG ».

Dimanche 18 août, la défaite (2-1) à Rennes de l’équipe – privée de Neymar – a témoigné du vide que l’attaquant serait susceptible de laisser en cas de départ cet été. « Contrairement à Cristiano Ronaldo (34 ans) et Lionel Messi (32 ans), Neymar est encore jeune et on ne se rend pas compte de ce que le PSG et la Ligue 1 perdraient en termes de garantie footballistique, prestige, divertissement », considère Bruno Satin. « Les dix prochains jours, cela va être le tourbillon au PSG », prophétise-t-il.

Deux ans après le feuilleton de l’arrivée de Neymar à Paris, celui de son vrai-faux départ n’est pas moins rocambolesque. Une semaine après une défaite embarrassante en Bretagne, le comportement du PSG au Parc des Princes, sans Neymar, sera scruté par tous les observateurs.

 

Rémi Dupré

Source : Le Monde

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