L’art contre le terrorisme

«Fatwa» est un film convaincant. Il nous sidère par son intelligence et son efficacité. On voit comment fonctionne le fanatisme et comment il transforme des êtres normaux en assassins satisfaits d’eux-mêmes et qui n’ont que des certitudes.

Il est différentes façons de lutter contre le terrorisme lié à Daesh. Le Maroc réussit très souvent à démanteler des cellules se préparant à commettre des attentats. Cela, c’est le travail du renseignement et de la police spécialisée. A chaque fois on se demande comment est-ce possible, malgré la vigilance du peuple et de la police, que des individus s’acharnent à vouloir trahir leur pays et faire le malheur. Qu’est ce qu’il se passe dans leur cerveau, dans leur conscience, dans leur corps?

S’indigner ne suffit pas à enrayer ce phénomène qui menace la paix et la sécurité du pays. Encore faut-il aller plus loin en remontant aux origines de la radicalisation et du lavage de cerveau de celui qui accepte de trahir sa patrie et de tuer des innocents. Le Maroc sait qu’il mène là une guerre longue et de tous les instants.

Les médias ont leur part dans ce travail de prévention. Mais à mon avis ce qui est aussi efficace dans cette lutte, c’est l’art. Ainsi «Fatwa» , le film du tunisien installé en Belgique, Mahmoud Ben Mahmoud, que j’ai vu récemment au Festival international du film oriental à Genève, est un excellent contrepoison à la dérive criminelle.

«Fatwa» raconte l’histoire de Brahim, un Tunisien installé en France après son divorce, qui rentre au pays pour enterrer son fils, Marouane, victime d’un accident de moto. Il découvre peu à peu que son fils s’était radicalisé en son absence et fréquentait une bande de salafistes fanatiques luttant sans merci contre leur pays. Il décide de mener une enquête qui l’amène à apprendre que son fils a été plutôt assassiné par les «Frères».

Le film est d’une facture classique et efficace. Une démarche cinématographique de haute tenue. Une mise en scène toute en nuances qui nous fait suivre les recherches du père avec une grande attention.

On voit comment fonctionne le fanatisme et comment il transforme des êtres normaux en assassins satisfaits d’eux-mêmes et qui n’ont que des certitudes. Cela commence au cimetière où des salafistes protestent contre la présence des femmes dont la mère de Marouane, laquelle est menacée de mort parce qu’elle a publié un livre où elle analyse et dénonce les mécanismes de cet islamisme meurtrier. D’où la fatwa réclamant sa mort par «les Frères».

Le père essaiera de comprendre et agit calmement. On voit comment ce pays où la femme a acquis des droits avant tous les autres pays arabes, est gangréné par la peste de l’intolérance où l’islam est compris de travers et est invoqué pour justifier le crime. Il y a des scènes d’une très grande violence notamment contre les femmes que les maris battent allègrement parce qu’ils disent «elles nous appartiennent et on en fait ce qu’on veut». Est-ce cela l’enseignement de l’islam?

L’autre violence est dans la rupture opérée entre, d’un côté ceux qu’on appelle «Les Frères», et le reste de la population considérée comme mécréante et dont le sang peut couler de manière licite. Les «Frères» sont intimement persuadés que Dieu est avec eux. Cela est une autre violence dans la mesure où par ignorance et stupidité, ils considèrent que ce qu’ils font leur serait dicté par Dieu.

L’enquête du père arrivera à prouver que son fils a été tué et jeté du haut d’une falaise. Il aurait été gagné par la raison et le doute et se serait apprêté à aller parler à la police. Son assassinat, bien maquillé en accident, était la solution pour ces hommes englués dans des discours abscons et irrationnels.

Le père n’échappera pas à la haine des «Frères». Au moment de quitter Tunis pour rejoindre Paris où il avait refait sa vie, un de ces «Frères» sortira de l’ombre et l’égorgera en plein jour.

Ce film est convaincant. Il nous sidère par son intelligence et son efficacité. Pourtant ce n’est pas du cinéma militant, mais du cinéma citoyen, éclairant les parts obscures et cruelles d’une société où on tue au nom de Dieu.

La boucle est bouclée. On reste sans voix. Le film est émouvant et fait réfléchir. Il est puissant et démontre avec talent comment le fanatisme fait son chemin dans les esprits et aboutit au terrorisme le plus abject.

Espérons que ce film courageux et utile sera projeté sur les écrans du Maroc.

Tahar Ben Jelloun

 

Source : Le 360.ma (Maroc)

 

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