Le hijab est une prison sexiste, mortifère, aliénante

Opinions. Une opinion d’un collectif de femmes et d’hommes de culture ou d’origine musulmane (1).

Ce n’est pas un hasard si le voile se développe au même rythme que l’islamisme. Ce n’est pas défendre les musulmans, ce n’est pas traiter l’autre en égal, que de se taire ou de céder sur la question du voile.

 

 

Ces dernières années, chaque saison est l’occasion d’un nouvel épisode dans la saga du voile. Ce dernier mois par exemple, une affiche du Parlement jeunesse Wallonie présentait l’image d’une jeune fille voilée, tandis que Décathlon proposait à la vente un hijab de running. Gageons qu’à l’approche de l’été, c’est le burkini qui refera surface. À chaque saison, la question du voile ressurgit ; le voile à l’école, le voile au travail, le voile à la plage et le voile en politique.

Il est désormais banal de voir des femmes et des filles voilées dans la rue, les publicités ou les magazines, quand ce n’est pas sur des listes électorales ou au sein même des institutions, comme ce fut le cas avec l’élection de Mahinur Ozdémir en 2009 (CDH).

Des suprématistes blancs, des assassins sèment la mort en Nouvelle-Zélande et, immédiatement, la Première ministre néo-zélandaise arbore le voile.

Pourtant, dès que quelqu’un ose interroger sa signification profonde, il est sommé de se taire, parfois avec une violence extrême. « Raciste ! », « islamophobe ! », les mots sont lâchés et il n’est plus possible de se parler. Sous couvert de tolérance, certains imposent une véritable omerta. Pourtant, ce n’est pas un hasard si le voile se développe au même rythme que l’islamisme.

Quelle est la signification du hijab ?

Le hijab est un tissu qui couvre les cheveux, le cou et les oreilles. Il pose l’impureté du corps entier de la femme et ne se retire pas, quelle que soit l’occasion.

Le hijab permet de protéger les hommes, qui seraient incapables de se maîtriser. Appelons un chat un chat : dans cette logique, les femmes sont des tentatrices, des salopes, les hommes sont des faibles et des libidineux.

Le voilement des petites filles, parfois bébés, sert à les habituer à avoir honte de leur corps et les prépare à se maintenir dans le statut d’objet sexué.

Le hijab est une prison sexiste, mortifère, aliénante. Et son développement est directement lié à l’islamisation des sociétés.

Avant la vague islamiste, les musulmanes, pour la plupart, ne portaient pas le voile. Rappelons-nous la célèbre vidéo du chef de l’État égyptien Nasser qui, en 1953, suscitait l’hilarité de l’assemblée en narrant sa réponse aux Frères musulmans souhaitant qu’il impose le voile aux femmes : « Je lui ai répondu que c’était revenir à l’époque où la religion gouvernait et où on ne laissait les femmes sortir qu’à la tombée de la nuit. »

Le voile s’est imposé parallèlement à l’islamisme, l’Iran d’abord, puis l’Algérie, la Tunisie…

Vous êtes-vous demandé pourquoi le premier acte des islamistes est d’imposer le voile, alors que celui des femmes libérées de Daech, de l’esclavagisme sexuel, est de brûler les hijabs ?

Des résistants au péril de leur vie

Des femmes et des hommes résistent, au péril de leur vie. Et sont fouetté(e)s, enfermé(e)s, assassiné(e)s pour avoir refusé le voilement des femmes ! Des hommes aussi car le voile, ce n’est pas qu’une histoire de femmes : c’est une question politique.

Il y a quelques semaines, l’avocate Nasrin Sotoudeh, qui défend les Iraniennes qui ont osé retirer leur voile, s’est fait condamner à des coups de fouets et à une peine d’emprisonnement pour conspiration et propagande contre le système. Sa peine initiale fut aggravée pour indécence, car elle s’est présentée tête nue à son propre procès.

Pourquoi une femme serait-elle prête à se faire fouetter et enfermer, si ce n’était qu’une histoire de cheveux ?

Pourquoi Décathlon a-t-il appelé son accessoire de running « hijab » et non « cagoule de course » ? Soyons réalistes, c’est un produit à destination des pays où le voile n’est pas imposé. Dans les pays islamistes, les femmes n’en ont pas besoin puisqu’elles n’ont pas le droit de courir, nager, faire du vélo.

L’introduction du hijab dans nos sociétés est l’acte politique d’un islam politique.

Ce n’est pas défendre les musulmans ; ce n’est pas traiter l’autre en égal que de se taire ou de céder sur la question du voile. De par le monde, ce sont les musulmans les premières victimes des islamistes !

Écoutez les voix

Du Maroc à l’Algérie, en passant par le Canada, l’Iran, la France, la Belgique ou le Soudan, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’extrémisme politique dont le hijab est le symbole. Il est temps de les entendre !

Nous, femmes et hommes de culture ou d’origine musulmanes, ayant vécu ou subi l’islamisation de nos sociétés, sommes inquiets de voir se développer un argumentaire identitaire au fur et à mesure que se développe en parallèle un islamisme rampant, à l’instar de ce que l’on a vu et vécu dans nos pays d’origine.

Nous demandons que notre voix et nos expériences quant à la question du voile et de ce qu’il préfigure comme projet politique, soient entendues et reconnues.

Nous demandons à tous – journalistes, politiques, citoyens, et ce, quels que soient vos origines ou engagements – de vous mêler à ce débat. Il vous appartient autant qu’à nous, par idéal et convictions mais également parce que la contradiction est ce que craignent le plus les extrémistes de tous bords.

Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : « Encore une histoire de voile ! »

 

(1) Liste des signataires : Bahareh Dibadj, psychologue sexologue ; Fadila Maaroufi, anthropologue, travailleuse sociale ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Daoud Azam Daimoussi, militant laïque ; Mouna Messaoudi artiste ; Latifa Drissi, autoentrepreneuse ; Amir Dibadj, comptable ; Guitty Nassery ; Yeter Celili ; indépendante ; Waleed Al-Husseini, essayiste et écrivain ; Chemsi Cheref-khan, initiateur du Mouvement citoyen de solidarité avec les démocrates musulmans ; Hamid Zanaz, libre-penseur et essayiste ; Salwa Tazi, écrivain et conférencière ; Hamid Benichou, cofondateur du centre citoyen belge Musulmans laïques ; Fathi Nouhad, journaliste ; Jamila Si M’Hammed ; présidente du Comité belge de Ni putes ni soumises ; Mahyne Nasseri Manzar Banal, indépendante ; Youcef Hadbi, architecte ; Mohammed Guerroumi, délégué régional à l’Instance nationale de dialogue avec l’islam-Nantes ; Sémira Tlili, militante laïque et présidente de l’association #Reseau1905 ; Omar Gousmi, enseignant ; Fatiha Boudjahlat, enseignante essayiste ; Mohammed Louizi, ingénieur-essayiste ; Khaled Slougui, consultant formateur ; Kamel Bencheikh, écrivain ; Abdel Serghini, réviseur d’entreprises ; Sam Touzani, artiste-citoyen.

Contribution externe
Source : La Libre.be (Belgique)

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