D’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud, comment les immigrés en France nomment leurs enfants

Après deux générations, la plupart des descendants d’immigrés donnent les mêmes prénoms que le reste de la population.

IMMIGRATION – Il s’agit d’une affaire de goût d’abord, mais aussi de culture familiale, de norme sociale, d’époque et même de spiritualité. L’équation que les futurs parents doivent résoudre pour trouver le parfait prénom de leur enfant à naître est complexe. Plus encore dans le cas des personnes immigrées.

En France, le prénom peut être un frein pour trouver un emploi ou décrocher un prêt. Un autre prénom peut en revanche protéger l’enfant qui le porte de certaines discriminations liées à son origine. Baptiste Coulmont et Patrick Simon, deux chercheurs, respectivement sociologue et socio-démographe, ont analysé pour l’Institut national d’études démographiques (Ined) les données de l’enquête “Trajectoires et Origines”, réalisée en 2008 et 2009 et menée sur 22.000 personnes en France métropolitaine. Ils ont pu répondre à une question chère à Eric Zemmour sur les choix de prénoms que font les personnes immigrés et leurs descendants.

Des prénoms exotiques mais pas trop

 

Jusqu’au début des années 1990, la question ne se posait pas en ces termes. Avant 1993, les seuls prénoms autorisés lors de l’inscription à l’état civil étaient tirés du calendrier, inspirés par la mythologie grecque, appartenaient au folklore régional ou relevaient du diminutif. Les prénoms sortant de l’ordinaire pouvaient être acceptés ou non selon l’humeur et le bon vouloir des officiers de l’état civil.

Lorsque le choix des prénoms s’est élargi, les prénoms “français” ont été moins donnés par toute la population. Ainsi, en 2005, 50% des enfants de la “population majoritaire” avaient reçu un prénom qui n’était pas typiquement “français”. Les parents se mettent plus volontiers à inventer des prénoms ou s’inspirent de personnalités fictives ou réelles. Ils sont aussi tentés de donner des prénoms “exotiques” à leurs enfants. “Ils font des choix d’exotisation qui sont non marqués socialement, en se tournant par exemple vers des prénoms d’origine japonaise ou polynésienne”, explique Baptiste Coulmont, interrogé par Le HuffPost.

C’est le moment où les prénoms Enzo et Clara font aussi leur entrée dans les classements des prénoms les plus donnés. Et cela n’est pas le fait des descendants d’immigrés italiens des années 60. Ces prénoms, en plus d’être courts donc à la mode, “ont perdu de leur ethnicité” car les Italiens n’immigrent plus massivement en France depuis les années 80. Baptiste Coulmont l’assure, “si une vague migratoire d’Italie reprenait, ces prénoms ne seraient plus aussi donnés”.

Deux trajectoires de transmission des prénoms

 

Quand Espagnols, Portugais et Italiens immigrent en France, “ils abandonnent très rapidement leur prénom”. Les Maria, José et Antonio d’alors ne sont que 16% à donner à leurs enfants un prénom latin. Les immigrés du Maghreb suivent une autre logique de transmission. Comme leurs voisins d’Europe du Sud, ils immigrent en France avec des prénoms très différents de ceux de la population majoritaire. Mais la deuxième génération nomme ses enfants avec des prénoms appartenant à un registre culturel moins évident mais toujours arabo-musulman, comme Myriam ou Nadia.

Ensuite, les petits-enfants d’immigrés d’Afrique du Nord reçoivent des prénoms comparables à ceux que l’on retrouve dans le reste de la population. “La trajectoire suivie par les originaires du Maghreb mène au même point d’arrivée que celle suivie par les Européens du Sud mais de manière différée”, confirment les chercheurs.

Deux facteurs expliquent que les descendants d’immigrés d’Europe du Sud ont donné aussi rapidement les mêmes prénoms que le reste de la population. Ils étaient d’abord plus souvent dans un couple mixte. “Dans ce type d’union, c’est le plus souvent le représentant de la population majoritaire qui l’emporte dans le choix du prénom”, remarque Baptiste Coulmont.

Les Zidane, cas d’école

 

L’âge de l’immigration importe aussi. “Les immigrés d’Europe du Sud sont souvent arrivés dans leurs premières années en France. Les immigrés du Maghreb sont plus âgés quand ils posent le pied en France. Cette différence d’âge explique qu’il existe un attachement plus fort à des prénoms du pays d’origine pour les seconds. Ce n’est pas du tout la preuve que les uns veulent plus s’intégrer que les autres.”

Pour mieux visualiser cette double évolution, Baptiste Coulmont cite la famille de Zinédine Zidane. Ses deux parents sont Algériens, Smaïl et Malika. Ils se marient dans les années 60 et décident d’appeler leurs enfants Madjid, Farid, Noureddine, Lila et Zinédine. La femme de Zinédine s’appelle, elle, Véronique, ses parents ont immigré d’Andalousie. Ils appelleront leurs fils Théo, Enzo, Lucas et Elyaz. Enzo a été baptisé ainsi en hommage à Enzo Francescoli, le joueur de football uruguayen que le numéro 10 admire. À la troisième génération donc, plus vraiment de traces de l’origine des grands-parents immigrés.

Les prénoms choisis par le couple Zidane comme des milliers d’autres couples français, descendants ou non d’immigrés, est “une marque d’adoption des goûts dominants. La convergence entre population majoritaire et descendants d’immigrés ne se fait pas autour de prénoms typiquement ‘français’, mais de prénoms internationaux auxquels tous et toutes peuvent s’identifier”.

Deux cas de figures existent dans lesquels les couples se tournent encore à la troisième génération vers un prénom arabo-musulman ou assimilé. Les descendants d’immigrés d’Afrique du Nord très religieux perpétuent la transmission de prénoms du pays d’origine de leurs aïeux. Les chercheurs précisent d’ailleurs que la même dynamique existe chez les Chrétiens: “on ne constate pas une dynamique similaire à la troisième génération pour les familles chrétiennes d’origine immigrée, car les prénoms qui leur seraient spécifiques sont communs avec ceux des familles majoritaires chrétiennes”.

Deuxième cas de figure, les parents qui font preuve “d’innovation culturelle” en baptisant leur enfants de nouveaux prénoms comme “Yanis, Rayane ou Lina” et qui “sont rapidement perçus comme d’origine maghrébine par la population majoritaire.”

Des hypothèses pour les immigrés africains et asiatiques

 

Faute d’avoir pu sonder assez d’immigrés d’Asie du Sud-Est et d’Afrique Subsaharienne, les données de l’étude ne permettent pas d’émettre des conclusions aussi abouties pour ces populations.

Cependant, les chercheurs remarquent que les immigrés africains comme les immigrés en provenance de Turquie suivent la même trajectoire dans le choix des prénoms que ceux d’Afrique du Nord.

Les personnes qui arrivent d’Asie lorsqu’ils sont naturalisés “changent souvent de prénoms pour des raisons linguistiques”, explique encore Baptiste Coulmont. Souvent pour des raisons pratiques: les prénoms d’origine asiatique n’ont pas de marqueurs de genre et peuvent se confondre pour un francophone avec le nom de famille.

Source : HuffPost

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