A Tunis, l’émir du Qatar quitte un sommet arabe en manque d’unité

Plusieurs dirigeants arabes dénoncent la décision des Etats-Unis de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau occupé du Golan syrien.

 

Les pays arabes réunis lors d’un sommet dimanche à Tunis n’ont pas atteint leur objectif d’unité, l’émir du Qatar, au coeur d’un contentieux diplomatique avec l’Arabie saoudite, quittant prématurément le rendez-vous sans explication officielle.

Dans l’unique pays rescapé des Printemps arabes, des manifestants ont par ailleurs fait entendre leur voix dans les rues de la capitale tunisienne contre plusieurs dirigeants présents et les politiques qu’ils mettent en oeuvre.

Le sommet de Tunis a certes permis de rassembler le roi Salmane d’Arabie saoudite, reçu en grande pompe depuis jeudi, et l’émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, arrivé parmi les derniers dimanche matin. Mais le second a quitté prématurément les travaux l’après-midi, « après avoir assisté à la cérémonie d’ouverture », a indiqué l’agence officielle de l’émirat QNA, sans donner le motif de ce départ. Le riche émirat gazier est au coeur d’un conflit diplomatique depuis juin 2017 qui l’oppose à plusieurs autres pays arabes, dont l’Arabie saoudite.

Alors que plusieurs dirigeants venaient d’appeler à dépasser les différends, l’émir du Qatar est sorti de la salle au moment où s’exprimait le secrétaire général de la Ligue, Ahmed Aboul Gheit, et « a quitté la Tunisie », a dit à l’AFP un responsable tunisien sous le couvert de l’anonymat.

Sans être en mesure de dire s’il existe un lien entre ce départ et les propos qu’il a tenus, M. Aboul Gheit s’en est pris à la Turquie et à l’Iran, déplorant notamment que « les ingérences » de ces « voisins » aient « intensifié les crises » et « créé » de nouveaux « problèmes ».

Le Qatar est soumis depuis juin 2017 à un blocus économique et diplomatique de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et de l’Egypte, qui ont rompu tout lien avec l’émirat. Riyad et ses alliés accusent Doha de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran, puissance régionale chiite rivale de l’Arabie saoudite sunnite, et de soutenir des groupes islamistes radicaux, ce que le Qatar nie. Aucune tentative de réconciliation n’a abouti à ce jour.

En décembre, l’émir du Qatar avait été invité au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Ryad, mais n’était pas venu. Il avait en revanche fait le déplacement au précédent sommet du CCG, en décembre 2017 au Koweït, mais le roi d’Arabie saoudite avait alors boudé la réunion.

(Lire aussi : Golan : La décision américaine menace le Liban, dénonce Aoun à Tunis)

La décision US sur le Golan

Plusieurs dirigeants arabes ont dénoncé la décision des Etats-Unis de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau occupé du Golan syrien.

« La décision des Etats-Unis sur le Golan contrevient à toutes les normes internationales », a déclaré le secrétaire général de la Ligue Arabe, Ahmad Aboul Gheit, à l’ouverture des travaux du sommet, dénonçant la « dominance israélienne sur les droits et les acquis des Palestiniens ». Sur un autre plan, M. Aboul Gheit a dénoncé « les ingérences de l’Iran et de la Turquie dans les affaires de plusieurs pays arabes qui ont aggravé les crises et éloigné les solutions ». Avant l’intervention du chef de la Ligue arabe, l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, a quitté la table du sommet.

De son côté, le roi Salmane d’Arabie saoudite a de nouveau exprimé l’opposition « catégorique » du royaume à la décision de Washington sur le Golan. Pour sa part, le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi a affirmé qu’il ne peut y avoir de solution au conflit israélo-palestinien « sans la libération des territoires occupés ». « Notre position concernant le Golan est constante. Il s’agit d’une terre syrienne occupée », a déclaré le roi Abdallah de Jordanie. « Les défis auxquels les pays arabes sont confrontés surpassent les frontières », a-t-il ajouté, dénonçant les « ingérences étrangères ».

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a, lui, insisté sur l’importance de la création d’un Etat palestinien « afin d’assurer la stabilité internationale ». La stabilité régionale et internationale dépend « d’un accord juste et global qui prenne en compte les droits du peuple palestinien et conduise à l’établissement d’un Etat palestinien ayant Jérusalem pour capitale », a dit le chef de l’Etat tunisien.

L’émir du Koweït, Sabah al-Ahmad al-Jabir al-Sabah, a affirmé que le processus de paix au Moyen-Orient ne passant pas par « la fin de l’occupation, la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale était irréaliste ». « Nous attendons de vous que vous fassiez de la victoire de la Palestine la première cause arabe », a déclaré de son côté le président palestinien Mahmoud Abbas.

D’autres responsables ont pris la parole. Pour le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, « toute solution au conflit en Syrie doit comprendre l’unité du territoire syrien avec le Golan occupé », estimant que la solution des deux Etats était « indispensable » pour mettre fin au conflit israélo-palestinien. Pour la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, « ignorer les résolutions du Conseil de sécurité sur le Golan n’est pas une solution ».

« Sommet de la honte »

Parallèlement aux discours des chefs d’Etat, quelques dizaines de militants de plusieurs pays arabes se sont réunis dans les locaux du syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) pour défendre droits et libertés tandis qu’une centaine d’autres ont manifesté à Tunis contre le sommet.

Lors d’un « contre-sommet » de la société civile, rediffusé sur la deuxième chaîne de la télévision nationale, des militants tunisiens des droits humains, mais aussi égyptiens, saoudiens ou encore marocains, ont appelé leurs dirigeants à lutter pour l’emploi et contre la corruption. « Notre objectif est de faire bouger l’eau stagnante dans les pays arabes », a déclaré à l’AFP le président du SNJT, Néji Bghouri. Il faut aussi « appeler la société civile à se transformer en outil de pression réel sur ces régimes », a-t-il ajouté.

A l’appel de divers mouvements de gauche et nationalistes, une centaine de manifestants se sont en outre rassemblés sur l’avenue Bourguiba, la principale artère de Tunis.

Neuf rangées de policiers en tenue anti-émeutes leur ont barré fermement la route vers le Palais des congrès, où se déroulait le sommet. « La rue appartient au peuple », « Sommet de la Honte », ont scandé les manifestants, qui s’en sont en particulier pris au roi Salmane d’Arabie saoudite pour son « inaction » sur le dossier palestinien.

Certains manifestants ont brandi des portraits du président syrien Bachar al-Assad, scandant des slogans favorables à un retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe, dont elle a été suspendue en 2011, après le début du conflit. Seul pays à poursuivre sur la voie de la démocratisation après les soulèvements arabes de 2011, la Tunisie accueillait un sommet de la Ligue arabe pour la première fois depuis ces bouleversements.

 

OLJ/AFP

Source : L’Orient Le Jour (Liban)

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