Ma Part du Quota !

 

   

Depuis quelques jours j’entends certains s’offusquer de la faible présence de certaines communautés dans le nouvel attelage gouvernemental, et s’indignent du fait que le quota attribué à la composante négro-africaine s’étiole de remaniement en remaniement. Ils trouvent que cela sape les fondements de la cohésion sociale et de l’unité nationale. Et pourtant si on en est là, c’est que les divers régimes qui se sont succédés ont doucement mais surement finis par nous imposer cette logique de « Quota », qui au finish leur permettait de maintenir une illusion de représentativité, tout en creusant le fossé d’inégalités au profit d’une communauté.

Il est dommage que des politiciens reconnus chantres de la démocratie et des valeurs républicaines, s’égosillent pour demander la coloration de nos gouvernements. Au principe de représentativité (par les quotas), je préfère celui d’égalité objective.

 En effet les quotas tentent de régler une discrimination avec une autre discrimination. Le fait d’instituer une inégalité afin de promouvoir l’égalité, ne fait que substituer une inégalité formelle à une inégalité de fait. Le système de quota est d’autant plus inadapté, qu’il ne crée pas les conditions pour permettre à toutes les communautés d’accéder aux niveaux supérieurs de la hiérarchie. Cette logique de quota semble implicitement instaurer une barrière invisible qui empêche certaines communautés d’accéder à certains postes de responsabilité : Premier Ministre, Président de la République, Chef d’Etat-major des Armées, etc. Ce que certains récusent aujourd’hui n’est pas nouveau, car depuis 30 ou 40 ans, le pays glisse doucement vers cette hégémonie d’une de ses composantes, accentuant les inégalités, nous conduisant à une situation où une composante a un contrôle quasi absolu sur les avoirs et les pouvoirs de ce pays, poussant même certains thuriféraires du système à  affirmer qu’elle détient par-devers elle l’essentiel des compétences et du savoir de ce pays, ce qui à mon sens est une hérésie.

Aujourd’hui il est évident que ce pays regorge de compétences dans toutes les composantes ethniques du pays, et il y’a largement de quoi faire une administration inclusive et performante, mais les autorités de ce pays occultent savamment ce fait, et continue pour se donner bonne conscience à pratiquer cette humiliante pratique des quotas.

Cette politique permet de nommer quelqu’un non pas en raison de ses valeurs intrinsèques et de ses compétences, mais plutôt en fonction du groupe ethnique ou tribal duquel il est issu. C’est honteux de vouloir réduire le citoyen à sa seule origine et ne devoir sa nomination, qu’au fait d’être Hartani, Wolof, Soninké, Haalpuular ou Beydane. Personnellement je n’accepterais jamais cette forme de prostitution, qui occulte mes compétences et me fait apparaître juste comme la part obligatoire et imposée du quota du groupe social ou tribal dont je suis issu ou par le hasard de ma naissance (ethnies +Grande Tribus+ etc.). Nous valons tous mieux que cette vision rétrograde et réductrice, que l’on veut nous imposer. Cautionner et perpétuer cette pratique c’est contribuer à l’accentuation des inégalités qui persistent dans notre pays, qui tiennent à de multiples facteurs, relèvent de représentations et de stéréotypes rétrogrades, du climat de suspicions que les politiques ont réussi à instaurer entre nos communautés, de la faillite quasi absolue du système éducatif (incapable de former des patriotes), et de l’échec de nos leaders à créer une véritable nation mauritanienne arc-en-ciel.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas envisager des mécanismes ponctuels de discrimination positive, mais ce que je récuse c’est qu’on en fasse des règles systémiques de notre vivre ensemble, cautionnant implicitement la suprématie d’une composante sur les autres. Notre constitution affirme clairement l’égalité de tous devant la loi, et cela induit l’égal accès aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales.

La lecture qu’en ont eue jusqu’ici nos leaders est biaisée à dessein, trahissant délibérément la lettre et l’esprit de notre loi fondamentale qui est claire, et le ministre porte-parole du gouvernement martèle depuis quelques jours que « …nous sommes dans un Etat de citoyenneté et non un Etat de quotas…, non un Etat des tribus ou d’ethnies. ». Nous n’avons pas qu’un problème de représentativité, nous avons surtout un souci d’égalité. Ce combat pour l’égalité ne doit pas être l’apanage seul de certaines communautés, il doit être celui de tout mauritanien, car celui qui voit l’injustice et ne la combat pas en est clairement complice, et nous clamons partout être républicains et démocrates. Que ceux qui vocifèrent pour le respect de la constitution, dans ses aspects liés à l’exercice du pouvoir, exigent avec la même hargne le strict respect de la loi fondamentale notamment pour le traitement égalitaire de ses citoyens.

Etant entendu que les autorités en place estiment,  par le biais du ministre porte-parole gouvernement, que nous sommes une république de citoyens, et non de tribus ou d’ethnies, prenons les au mot, afin de nous assurer que ces stratégies rétrogrades et discriminatoires de cooptation ne se perpétuent dans la conduite des affaires de ce pays.

Etincelle de Divinité

04 novembre 2018

(mise à jour le 05 novembre 2018 à 22h36)

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