Sommet OIF : les leçons d’un rapprochement entre Paris et Kigali

La candidate africaine et actuelle ministres des affaires étrangères Louise Mushikiwabo succède à la secrétaire générale de l’organisation de la Francophonie à l’issue de son 17 ème sommet pour la première fois dans un pays francophile l’Arménie sur fond de consensus entre les pays membres qui fait l’objet de nombreuses controverses des observateurs.

La candidate canadienne sortante Michaëlle Jean n’en revient pas. Ses amis canadiens et québécois l’ont lâchée au dernier moment pour accorder leurs violons avec la France, la Belgique et l’Union Africaine à la surprise générale des observateurs à l’occasion de ce 17 ème sommet qu’elle qualifie de régression par rapport aux principes de respect aux droits de l’homme de l’organisation qui semblent être bafoués avec l’élection de la ministre des affaires du Rwanda, fidèle du président rwandais Paul Kagamé dont le régime est qualifié d’autoritaire par les occidentaux. C’est la realpolitik des dirigeants francophones qui a finalement triomphé au détriment de l’efficacité politique.

Le sommet d’Erevan a failli d’ailleurs capoté si l’Arabie saoudite jugée irrespectueuse des droits de l’homme n’avait pas retiré à temps sa candidature. Pour les observateurs la comparaison du Rwanda et du royaume wahhabite n’est pas raison même si les deux pays sont des francophiles. L’Arabie saoudite qui fait actuellement des efforts pour les droits des femmes est toujours un pays réputé pour son soutien à l’activisme islamiste alors que le Rwanda est devenu en l’espace d’une décennie l’un des meilleurs modèles de stabilité politique et économique en Afrique. Nonobstant toutes les critiques c’est le mauvais élève de la Francophonie qui obtient une mention honorable avec félicitations du jury en ayant retiré au français son statut de langue officielle et d’enseignement il y a quelques années. C’est le pari quasi-gagné du président rwandais dans sa lutte contre la Françafrique à l’origine de tous les maux de son pays. Il a bataillé dur pour substituer le français à l’anglais et entraîner ainsi son peuple dans une grande bataille culturelle pour éradiquer en premier lieu la corruption. Son adhésion au Commonwealth est considérée comme une rupture avec le cordon ombilical la Francophonie. Ce volte- face du président Kagamé est une réponse à la non reconnaissance jusqu’ici de la France du génocide des Tutsis qui a fait des millions de victimes.

Mais l’espoir est né avec l’élection de Macron. Ce lourd contentieux entre Paris et Kigali semble trouver un terrain favorable à la discussion. Le soutien de la France à la candidate rwandaise est un prélude à d’autres pourparlers pour décrisper les relations entre les deux pays. La nouvelle secrétaire générale est appelée à jouer un grand rôle pour défendre la langue française et son pays qui préside actuellement l’organisation panafricaine qui peut être fière de sa diplomatie. Les observateurs s’attendent dans les prochaines années à un rapprochement entre Kagamé et Macron au nom de l’histoire qui lie les deux peuples et les deux pays.

 

Cherif Kane
Coordinateur journaliste

(Reçu à Kassataya le 13 octobre 2018)

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