La pénalisation historique de la discrimination raciale en Tunisie : Place à la lutte!

La Tunisie conforte sa position de précurseur et de pionnière au sein des pays arabes, dans le combat en faveur de la protection des droits et des libertés.

Au sein même de la société tunisienne, il existe encore des formes de “ségrégation”, laissant sous-entendre une forme d’apartheid contemporaine.

Il devenait alors impératif de légiférer en la matière et de prohiber cette discrimination qui a pris du terrain. 

C’est désormais chose faite, l’Assemblée des représentants du peuple a adopté, mardi, avec 125 voix pour, le projet de loi organique n°11 sur la discrimination raciale, 172 ans après avoir été le premier pays arabe et musulman à abolir l’esclavage.

Et pour cause, l’existence de la discrimination raciale en Tunisie n’a fait que s’accroitre ces derniers mois, soulevant l’ire des associations, réaffirmant haut et fort la nécessité de voter une loi contre les discriminations raciales. Un véritable ras-le-bol s’est alors installé.

« Nier l’existence de la discrimination raciale en Tunisie ne permettra pas de l’éliminer, ni d’effacer ses traces du patrimoine culturel et de la mémoire collective », déclarait le ministre en charge des relations avec les instances constitutionnelles, de la société civile et des droits de l’Homme, Mehdi Ben Gharbia.

 

Pointés du doigt, stigmatisés voire considérés comme des sous-hommes, beaucoup d’immigrés en font les frais, qualifiés “d’africains”, “noirs”, de la part d’une frange de la société omettant même que la Tunisie fait partie de l’Afrique.

Fin août dernier, des ressortissants ivoiriens avaient été violemment agressés au cœur de Tunis, et voyant leur cauchemar durer plusieurs heures.

Cela avait alors relancé le débat sur la pénalisation de toute forme de discrimination raciale.

En 2011, la révolution avait ouvert la porte à la pluralité mais également au militantisme, porté par l’association ADAM, qui avait appelé à la pénalisation des actes de racisme, rappelant qu’il était grand temps que la lutte contre le racisme s’invite à l’assemblée.

En effet, en Tunisie, le racisme n’était pas considéré comme un délit, laissant entrevoir un vide juridique et surtout une porte ouverte aux discriminations en tous genres.

Désormais, la discrimination à caractère racial est punie par une peine d’emprisonnement et une amende pécuniaire.

Le gouvernement tunisien a alors tenu sa promesse et est sorti de son mutisme, afin d’éradiquer toute forme de ségrégation au sein même de la société tunisienne. Cependant, ce combat, nécessite un encadrement juridique solide. Il est primordial de faciliter l’accès à la justice, en passant par une incitation pour les victimes à porter plainte, mais aussi à les accompagner tout au long de leur bataille judiciaire.

Cela permettrait alors une véritable prise de conscience mais surtout de confiance pour les personnes victimes de discriminations raciales, qui ont souvent peur des représailles.

 

Que ce soit le racisme envers les noirs d’Afrique subsaharienne ou envers les noirs tunisiens, il peut être entrepris sous plusieurs angles.

La question raciale dépasse incontestablement le stade de la “couleur de peau” et soulève une autre problématique tuniso-tunisienne: celle du régionalisme et la distinction nord-sud.

Et pour cause, il existe toujours, au sein de notre société, une hiérarchie établie entre le nord, considéré comme plus développé, et le sud, comme plus marginalisé (les amazighs par exemple …).

Cette rivalité entre les tunisiens du nord et ceux du sud, révèle alors une autre forme de racisme, ancrée dans la société et basée sur le régionalisme, qui ne date pas d’aujourd’hui. Il faudrait alors des pages et des pages pour développer ce sujet.

Néanmoins, il faut se réjouir et saluer l’adoption de la loi contre la discrimination raciale. La Tunisie conforte alors sa position de précurseur et de pionnière au sein des pays arabes, dans le combat en faveur de la protection des droits et des libertés. Chapeau bas!

Nora Bhouri

Juriste en droit social (spécialisée en droit du sport) et enseignante

Source : HuffPost Tunisie (Les Blogs)

 

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