Et si Tidjane Thiam prenait la tête de la Côte d’Ivoire?

L’élection du patron de Credit Suisse incarnerait le changement, selon ses nombreux supporteurs dans le pays. L’intéressé dément toute ambition politique, mais ses partisans ne sont pas près de se décourager.

 

Deux ans avant la prochaine élection présidentielle, prévue en octobre 2020, le marigot politique ivoirien est déjà en ébullition, avec grandes manœuvres au sein des partis et renversements d’alliances. Et des noms qui circulent, toujours les mêmes depuis des décennies. Tous, sauf un, qui fait le buzz, et crée un certain émoi sur les bords de la lagune Ebrié: celui de Tidjane Thiam, actuel directeur général de Credit Suisse.

Les «Thiamistes», comme ils se nomment eux-mêmes, donnent de la voix sur les réseaux sociaux pour appeler de leurs vœux un renouveau, qui passe par la «mise à la retraite de cette vieille classe politique». Et l’arrivée au sommet de l’Etat d’une personnalité brillante, jeune, hors sérail, incarnée à leurs yeux par Tidjane Thiam, 56 ans, soit 20 ans de moins que l’actuel président Alassane Ouattara.

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L’ex-président Henri Konan Bédié, 84 ans, est, lui, toujours dans la course, et ne fait guère mystère de ses ambitions, «pour laver l’affront du coup d’Etat de 1998 qui l’avait privé d’un second mandat», selon ses proches. Quant à Laurent Gbagbo, 73 ans, actuellement jugé à la CPI (Cour pénale internationale), il est attendu comme le messie par ses partisans, persuadés qu’il sera libéré de prison le 1er octobre prochain et pourra ainsi quitter La Haye pour Mama, son village natal, avant de repartir à la conquête du pouvoir. On en est là.

J’ai dit à plusieurs reprises et depuis de nombreuses années ma détermination à ne pas avoir d’activité politique

Tidjane Thiam

«Un million de signatures pour Tidjane Thiam 2020», «Les amis de Tidjane Thiam», «Génération Tidjane Thiam» «Tidjane Thiam horizon 2020», «TT2020» «Le meilleur reste à venir», les pages Facebook fleurissent sur le net, assorties d’autant de hashtags. Les qualités et compétences du directeur général de Credit Suisse, «fierté de la Côte d’Ivoire», sont décortiquées à longueur de posts, appuyées par des extraits de ses interviews. Et il est régulièrement comparé à un Emmanuel Macron en France.

Le patron de Credit Suisse «touché et honoré»

 

Mais qu’en pense le principal intéressé? Contacté par Le Temps, Tidjane Thiam fait savoir qu’il est «à la fois touché et honoré par toutes les marques de soutien exprimées à son égard récemment par nombre de ses compatriotes ivoiriens ainsi que plus généralement par de nombreux Africains». Tout en s’empressant d’ajouter: «J’ai dit à plusieurs reprises et depuis de nombreuses années ma détermination à ne pas avoir d’activité politique.» Dans sa réponse, il insiste sur son «engagement à long terme» à la tête de Credit Suisse, et sur sa volonté de poursuivre la stratégie mise en place qui «produit de bons résultats». Fermer le ban.

Cela suffira-t-il à décourager ses supporteurs, qui lancent un appel à une réunion de tous les «Thiamistes» le 15 septembre prochain à Abidjan, afin d’unir leurs forces? Rien n’est moins sûr, tant est fort l’espoir de voir émerger de nouvelles personnalités, plus en phase avec la jeunesse d’un pays où 70% de la population a moins de 30 ans.

«Message de la société civile»

 

«Il s’agit là d’un message de la société civile pour dire aux politiciens que les Ivoiriens en ont marre, et sont fatigués de leurs querelles perpétuelles», estime un responsable politique, lequel, dans un contexte tendu, souhaite conserver l’anonymat. Il rappelle également que, depuis 1999, et le coup d’Etat du général Gueï contre le président Bédié, dont il était le ministre du Plan et du Développement, Tidjane Thiam n’est jamais revenu en Côte d’Ivoire.

D’autres responsables font remarquer que des attaques liées à l’origine sénégalaise de son patronyme sont déjà apparues, ravivant la crainte de voir le pays renouer avec ses vieux démons. «On a rarement vu en Afrique de président parachuté de l’extérieur se faire élire», rappelle enfin un journaliste ivoirien, citant l’exemple de Lionel Zinsou au Bénin, présenté comme un banquier et un manager hors pair, mais rejeté dans les urnes par ses compatriotes en 2016.

 

Catherine Morand,

Abidjan

Source : Le Temps (Suisse)

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