L’Europe face aux migrants, la désunion demeure

Les conclusions du sommet européen de Bruxelles démontrent que l’Union européenne n’est plus capable, sur le dossier des migrants, d’accoucher d’autre chose que de compromis politiquement explosifs.

Qui sort vainqueur de ce sommet européen réuni à Bruxelles en plein nouvel accès de fièvre migratoire? Avant même que la réunion des chefs d’Etats ou de gouvernements de l’UE ne s’achève ce vendredi après-midi, le verdit parait limpide: les gouvernements populistes, installés sur une ligne anti-migrants, n’ont pratiquement rien cédé.

La volonté de la France de nouer un compromis autour de «centres contrôlés», euphémisme pour désigner des camps installés dans les ports de débarquement et de première arrivée, a certes été exaucée sur le papier. Les conclusions du sommet mentionnent la création de ces futurs centres dont la responsabilité devrait échoir en partie à Frontex, l’agence de contrôle des frontières extérieures de l’Union. Mais aucun engagement ferme n’a été pris à Bruxelles, où les pays les plus coopératifs tels l’Espagne et la Grèce se sont jusque-là montrés seulement «favorables», tandis que l’Italie a renouvelé son refus à l’installation de structures permanentes d’accueil des migrants, en annoncé son intention de fermer ses ports aux navires humanitaires durant tout l’été.

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Pour résumer, ce sommet a fait ce que l’Union européenne parait condamnée à faire au vu de ses fractures politiques: envisager des solutions et les conditionner à des accords bilatéraux entre pays. Le lieu de décision qu’est Bruxelles est devenu, sur le sujet des migrants, une sorte de forum cacophonique d’idées plus ou moins possibles à mettre en œuvre.

Le révélateur mutisme d’Angela Merkel

 

La deuxième leçon de ce sommet est que le rapport de forces penche désormais de plus en plus clairement en faveur des populistes et des gouvernements résolus à ne pas jouer le jeu de la solidarité communautaire. De ce point de vue, le relatif mutisme d’Angela Merkel, restée à l’écart des discussions entre pays riverains de la Méditerranée, est révélateur. Il faut rappeler qu’à l’origine, cette réunion des dirigeants de l’UE, dix ans après la crise financière de 2008 et à la veille de la sortie de la Grèce du plan de sauvetage communautaire le 20 aout prochain, devait marquer le grand retour du tandem franco-allemand, en faveur d’une réforme de la gouvernance de la zone euro. Paris et Berlin, d’accord sur une feuille de route, devaient occuper les avants postes.

Las. La victoire des populistes en Italie et la crise des migrants a fait dérailler ce train. La question de la zone euro est passée au second plan. Le ministre de l’intérieur Matteo Salvini, absent de Bruxelles, a réussi à tirer malgré tout les ficelles en obligeant son premier ministre, Giuseppe Conte, à faire de la surenchère. le premier ministre Hongrois Viktor Orban a obtenu un «opt-out» de fait des pays d’Europe centrale en matière d’accueil, sujet dont il entend faire le thème dominant des prochaines élections européennes de mai 2019. Emmanuel Macron, en face, semble aujourd’hui condamné à la défensive. En espérant que la raison l’emporte enfin…

A quoi sert un compromis?

 

Les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE posent, ce faisant, une question au système: à quoi sert de poursuivre les discussions communautaires, au bout de la nuit, si les compromis accouchés aux forceps ne sont au final pas mise en œuvre, et qu’ils débouchent sur des arrangements entre capitales?

Le raisonnement qui consiste à dire qu’un sommet doit toujours s’achever sur des conclusions communes est-il encore valide, au moment où les divergences politiques sont si grandes entre les pays-membres, un an avant les Européennes? Le tout, au moment où Donald Trump explique, lors d’un meeting dans le Dakota est contre toute évidence historique, que l’Union européenne a été conçue pour «profiter» des Etats-Unis.

On voit bien qu’à travers ces textes en forme de dentelle diplomatique, la seule chose qui compte est de pouvoir permettre à chacun, sinon de crier victoire, du moins d’affirmer qu’il a tenu bon. L’adoption du «paquet asile» composé de sept directives présentées par la Commission européenne, est désormais repoussée à décembre, à la fin de présidence tournante semestrielle de l’Autriche – où la droite gouverne avec l’extrême droite – qui commence ce dimanche.

Message limpide: à ce stade, les seules solutions acceptables en matière de gestion des flux migratoires sont provisoires. Car aucun gouvernement, au sein de cette UE supposée incarner une souveraineté partagée, ne veut avoir les mains liées. La désunion est la réalité.

Richard Werly, Bruxelles

Source : Le Temps (Suisse)

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