Mainmise du prince héritier saoudien Ben Salman sur les médias arabes

L’arrestation de plusieurs centaines de membres de la famille royale et de l’élite économique saoudiennes n’a pas eu seulement pour conséquence de renforcer le pouvoir politique du prince héritier Mohamed Ben Salman. Elle a marqué une étape dans sa mainmise sur les médias arabes, notamment au Liban.

La libération du prince Walid Al-Ibrahim, l’un des princes saoudiens accusés de corruption et détenus à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad, ne dissipe pas l’atmosphère de forte inquiétude qui règne dans les couloirs de MBC. Les chaînes de ce groupe sont les plus diffusées du monde arabe, et son actionnaire principal n’est — ou n’était — autre que le milliardaire libéré après deux mois de détention, sans qu’on sache rien des détails de l’accord ayant conduit à cette libération. Dans les médias saoudiens de MBC et dans le journal Al Hayat, ainsi que dans un certain nombre d’organes de presse libanais financés par le marché golfien de l’information, les employés se préparent à des changements qui incluront très probablement des licenciements à la mode du Golfe, assortis d’indemnisations symboliques dans le meilleur des cas. Cette crise vient s’ajouter à celle du financement des journaux et des télévisions dans le monde arabe qui commençait, juste avant les récents évènements en Arabie saoudite, à prendre un tour catastrophique aux accents de fin d’époque. S’y révèle l’ampleur de l’emprise des capitaux golfiens et plus généralement pétroliers sur l’essentiel des médias de la région, qui avait atteint son apogée dans les années 1990.

L’affaire est désormais tranchée : Al-Hayat, le plus important des journaux saoudiens, déménagera à Dubaï sans la majorité de ses employés, qu’ils soient au Liban ou à Londres où se situait son siège principal1. La nouvelle, qui circule depuis plusieurs semaines, a aggravé l’inquiétude du personnel arabe d’autres médias saoudiens. Il semble en effet que le royaume, qui amorce sa phase post-pétrolière, projette de licencier l’essentiel de ses « effectifs étrangers » pour les remplacer par des « citoyens du Golfe ». Ces craintes concernent aussi une partie de la presse libanaise qui connaît depuis l’effondrement du cours du pétrole des difficultés économiques menaçant son existence même.

L’objectif de la « saoudisation »

La libération du propriétaire de MBC — si tant est qu’il possède toujours le groupe — n’a donc pas apaisé les employés qui ont été et demeurent exposés à diverses analyses et rumeurs qui se répandent alors que le sort de la chaîne ne fait l’objet d’aucune information certaine. Ils indiquent toujours recevoir leurs salaires de manière régulière. Sous couvert d’anonymat, l’un d’eux explique : « Il ne faut pas croire ce qu’on pourrait vous raconter : personne ne dispose de la moindre information sûre. » Mais les observateurs de la scène médiatique saoudienne, et de MBC en particulier, remarquent la forte tendance au remplacement du personnel non Golfiens par des employés locaux. Le prince Al-Walid Al-Ibrahim leur servait jusque-là de protecteur et d’intermédiaire auprès des représentants de la cour royale qui, conformément à la loi saoudienne, sont présents dans tous les médias du pays.

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Doha Chams

 

Source : Orientxxi.info

 

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