MARCHE CONTRE LE TERRORISME EN FRANCE : C’est bien beau, mais corriger les injustices à travers le monde

A événement exceptionnel, mobilisation exceptionnelle. Face à la barbarie qui vient de décimer Charlie Hebdo et la prise d’otages dans un supermarché casher par des terroristes en France, une mobilisation sans précédent a eu lieu à Paris hier 11 janvier 2015, pour dénoncer ces actes terroristes. En effet, les rues de Paris qui ont mobilisé plus d’un million de manifestants, ont vu défiler une cinquantaine de leaders du monde dont six chefs d’Etat et de gouvernement africains.

Les autres grandes villes françaises n’ont pas été en reste. Cette mobilisation républicaine d’envergure internationale, preuve une fois de plus que la France a de la suite dans les idées, entendait réaffirmer le droit à la liberté, notamment celle de la presse. Une telle mobilisation qui a eu un accent œcuménique, symbolise l’unité nationale et la nécessité de ne pas céder notamment à l’islamophobie, à un moment où les démons de la haine et de la division rôdent dangereusement en France.

Les Africains ne peuvent pas se désolidariser du combat contre l’extrémisme

Il faut du reste se réjouir du succès de cette manifestation, tant elle représentait un véritable challenge. Le fait que des journalistes figurent parmi les victimes de cette boucherie, a certainement contribué à cette grande mobilisation. Car, les journalistes sont, par leur travail quotidien, la conscience de l’humanité. Et un pays comme le Burkina Faso qui a connu des manifestations énormes pour dénoncer l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons d’infortune, le 13 décembre 1998, ne dira pas le contraire.

Cela dit, la participation de chefs d’Etat africains à cette manifestation n'est pas sans susciter bien des commentaires. De fait, on peut déplorer cette attitude des dirigeants africains qui semblent manquer d'initiatives propres à eux-mêmes, sur des questions aussi importantes que celle de la lutte contre le terrorisme. Cette mobilisation exceptionnelle contre le terrorisme est une idée de la France.  Il est regrettable que dans un pays comme le Nigeria où des vies humaines sont constamment ôtées par des fous d'Allah, les dirigeants n’aient jamais eu ce genre d’initiatives. Malgré les massacres de Boko haram, Goodluck Jonathan et son équipe n’ont pas eu l'idée de faire sortir  les Nigérians pour crier leur ras-le-bol de la barbarie.

Bien entendu, on dira qu'une telle manifestation présenterait de grands risques pour les Nigérians et nécessiterait un dispositif sécuritaire de taille face à l'ennemi djihadiste. Ce qui ne serait pas chose aisée. Mais face à un enjeu aussi capital, la fin devrait justifier les moyens.

Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Kéita aurait pu aussi sonner la mobilisation  de tous les Maliens épris de paix.

Hélas, il semble à court  d'idées, face aux attentats terroristes qui secouent le Nord du pays ; lui qui ne se donne même pas la peine de se déplacer sur les sites des attaques pour témoigner  de sa solidarité et  de celle du peuple malien qu’il représente, aux parents des victimes et dire son aversion des actes des  fous d’Allah. L’attitude des dirigeants africains, qui prennent trop peu de dispositions pour combattre les attentats terroristes sur leur propre sol, mais qui se sont dépêchés de prendre part à cette marche de Paris, est incompréhensible

Mais, à leur décharge, il est évident que les Africains ne peuvent pas se désolidariser du combat contre l’extrémisme où qu'il soit. Ils doivent se donner les moyens d’être aux côtés des peuples éprouvés par le terrorisme.  Sous cet angle, on peut dire que les dirigeants africains auraient pu et dû marquer davantage leur présence à Paris.

Les populations africaines auraient pu et dû organiser davantage de manifestations dans les rues. Ce, d’autant plus que l’Afrique aussi est, plus que de par le passé, dans l’œil du cyclone djihadiste.  A en juger par la présence d’islamistes radicaux au Nord-Mali, leur prolifération au Sud de la Libye et la montée en force du phénomène Boko haram. Cette marche de Paris devrait faire réfléchir les dirigeants africains.

Quant aux pays arabes, ils auraient dû afficher plus de présence à cette manifestation. Surtout les pays du Golf dont certains sont accusés à tort ou à raison d’être les soutiens des islamistes. Une présence massive des dirigeants du monde arabo-musulman aurait été, en tout cas, un message fort à l’endroit de ces islamistes qui auraient ainsi assisté à une réprobation mondiale de leurs forfaits.

Un engagement de l'Occident pour un monde plus juste, est la seule issue  véritable

Quant à la France, elle devrait revoir sa politique de renseignements et faire davantage preuve d’anticipation.

Car, les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin casher, ont, il faut bien le dire, révélé des failles dans le système sécuritaire français. Les assaillants n’étaient pas inconnus des services de sécurité français qui semblent avoir sous-estimé leur capacité de nuisance.

Pourtant, on sait que Charlie Hebdo constituait – et les services de renseignements ne l’ignoraient pas – une cible privilégiée pour les islamistes qui s'étaient, du reste, déjà signalés. Ses locaux ayant déjà été l’objet d’un incendie criminel, les forces de sécurité aurait dû redoubler de vigilance. Il en est de même pour le supermarché casher, quand on sait que les juifs en France comme dans les autres pays occidentaux, sont également dans le viseur des islamistes.

Il importe que les moyens mis à la disposition des services de renseignements soient à la hauteur de l’immense défi que représente la sécurité de la France.

Certes,  les djihadistes qui ne sont pas dans une logique de dialogue, vont se réjouir d’avoir réussi à susciter  l’émoi dans "ce monde impie". Mais cela ne saurait enlever à cette grande marche à Paris, son mérite : avoir  réussi à rassembler les Français et avoir réaffirmé avec force le refus de l’extrémisme. Seulement, il ne faut pas en rester là. Une manifestation monstre, c’est bien beau.  Mais encore faut-il  se résoudre à s'attaquer à la racine du mal djihadiste : les nombreuses injustices à travers le monde. De fait, l’extrémisme qui vient de s’exprimer en France et qui a coûté la vie à une vingtaine de Français, se nourrit de toutes les injustices dont font preuve les Occidentaux. Outre le racisme encore tenace qui alimente les rancœurs en Occident, il y a cette injustice vis-à-vis du peuple palestinien.

Les habitants de ce pays ne savent plus à quel saint se vouer, face au comportement d’Israël. Fort et sûr du soutien de l’Occident et surtout des Etats-Unis d’Amérique,  l'Etat hébreu n’en fait qu’à sa tête. Il suffit de se référer au mépris dont Israël fait preuve, en ce qui concerne les nombreuses résolutions des Nations-unies, quand celles-ci lui sont défavorables. L’Etat hébreu tient la Palestine en laisse, politiquement et économiquement. Et  tout cela, sans que les Etats-Unis ne daignent lever le petit doigt. On a fraîchement en mémoire le refus d’Israël de reconnaître la réconciliation entre le Hamas et le Fatah, le blocage par ses soins du versement des frais douaniers pourtant vitaux pour l’Etat palestinien, en guise de représailles face à la volonté de la Palestine d’adhérer au Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale.

Ces injustices flagrantes, il ne faut pas se le cacher,  alimentent le terrorisme. C’est dire que cette marche, bien qu'elle fut un franc succès, ne mettra pas fin à l’extrémisme ni au terrorisme qui en découlent. Un engagement de l'Occident pour un monde plus juste, est la seule issue  véritable si l'on veut mettre fin à la logique djihadiste. Toute autre solution serait illusoire et sans réelle portée. Il est donc temps, pour les grandes puissances, de faire preuve de plus de responsabilité, en travaillant notamment à plus de justice au Proche-Orient.

« Le Pays »

 

Source : Le Pays

 

(Photo : RFI/Pierre René-Worms – RFI)

 

 

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