Etat islamique : l’Amérique est déjà sur une pente savonneuse

Le général Dempsey, chef d'état-major des armées, n'a pas exclu, le 16 septembre, que des forces américaines participent aux combats contre l'Etat islamique. The New York Times s'alarme de cette apparente volte-face, alors qu'Obama avait promis de ne pas engager de troupes au sol.

 

 

Le 10 septembre, le président Obama s'était adressé au peuple américain en lui promettant que la lutte contre l'Etat islamique – le groupe armé radical sunnite qui terrorise des régions d'Irak et de Syrie – n'impliquerait pas un engagement des troupes américaines au sol. "Comme je l'ai déjà dit, ces forces américaines n'auront pas une mission de combat", avait-il assuré.

Six jours plus tard, le général Martin Dempsey, chef d'état-major interarmées, a tenu un discours bien différent en s'exprimant devant la Commission des forces armées du Sénat. "Si nous en arrivons à un point où j'estime que nos conseillers doivent accompagner les troupes irakiennes dans des offensives contre des cibles de l'Etat islamique, c'est ce que je recommanderai au président", a affirmé le général, en citant en exemple l'éventualité d'une attaque pour reprendre la ville stratégique de Mossoul.

Volte-face du gouvernement Obama

Après le ferme engagement de la Maison-Blanche de ne pas plonger le pays dans un autre conflit interminable au Moyen-Orient, ces propos ne peuvent être interprétés autrement que comme un revirement. Même si les déclarations du général étaient conditionnelles, le gouvernement Obama a fait volte-face en un temps record et ouvert la voie à un engagement américain plus important et plus coûteux avant même que la stratégie ne soit totalement arrêtée. Et tout cela sans que le Congrès ait donné le feu vert à M. Obama pour engager le pays dans la guerre.

Il est impossible de croire que le général Dempsey n'ait exprimé qu'une position personnelle, même si de hauts fonctionnaires ont indiqué que ses déclarations n'avaient pas reçu l'aval de la Maison-Blanche. Le chef d'état-major a enfoncé le clou en répondant à des questions de membres de la commission. Les forces américaines en Irak "ne participent pas directement aux combats", a-t-il dit, "et il n'est pas prévu qu'elles le fassent. Mais j'ai souligné que, si la situation me semblait en train d'évoluer, je reviendrais bien évidemment sur mes recommandations."

Risque de guerre sans issue

Qu'est-ce qui a changé en une semaine ? Y a-t-il eu une réévaluation des forces de l'Etat islamique par les services de renseignements, impliquant un changement urgent de politique ? Le gouvernement a-t-il du mal à convaincre des pays arabes et d'autres Etats de se rallier à son offensive, qui ne peut aboutir sans leur soutien ? Ou le général Dempsey a-t-il voulu, comme les dirigeants militaires aiment à le faire, se garder ouverte l'option d'une guerre terrestre en dépit des promesses de M. Obama ?

Ces hypothèses, extrêmement préoccupantes, ne sont en aucun cas de nature à motiver une évolution vers une offensive terrestre. S'il y a des leçons à tirer des récents conflits militaires, c'est que le pays peut facilement sombrer dans une guerre sans issue, aux conséquences imprévisibles. Et la lutte contre l'Etat islamique est plus complexe que la plupart des conflits armés.

Inquiétante incertitude

La coalition internationale que M. Obama présente comme cruciale pour son plan vient tout juste de voir le jour. S'il y a eu des avancées en vue de la formation d'un nouveau gouvernement irakien, les postes des ministres de la Défense et de l'Intérieur ne sont pas encore pourvus du fait de la lutte pour le pouvoir qui se poursuit dans les coulisses. Par ailleurs, l'entraînement par les Etats-Unis des forces irakiennes et syriennes – l'opposition dite "modérée" –, qui sont censées tenir une place essentielle dans l'offensive militaire, prendra des mois, et il n'est pas du tout certain que le Congrès accepte de verser les 500 millions de dollars [environ 380 millions d'euros] demandés par M. Obama pour entraîner et équiper les rebelles syriens.

Avec l'inquiétante incertitude que le général Dempsey vient d'injecter dans une stratégie militaire encore en gestation, il est plus que jamais nécessaire que le Congrès joue son rôle constitutionnel en débattant de la nouvelle mission américaine en Irak et en Syrie et en la mettant au vote.

 

Source :  The New York Times via Courrier international

 

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