Communiqué : Procès des 14 étudiants mauritaniens à Paris : Notre version des faits

La Mauritanie traverse un contexte politique de plus en plus explosif. Il n’y a pas un jour qui passe sans que l’Etat policier et dictatorial présidé par Mohamed Ould Abdel Aziz ne viole les droits fondamentaux de nos concitoyens. Le régime en place menace la stabilité du pays en  perpétuant les pratiques et machinations héritées du système de Taya. Aujourd’hui, et d’aucuns ne l’ignorent, l’Etat mauritanien prône  ouvertement le racisme, la discrimination et l’exclusion, le clientélisme, et bien d’autres actes infâmes.

 

La répression de la marche pacifique des rapatriés qui fait suite aux multiples violations de l’accord tripartite (le HCR, Gouvernements du Sénégal et de la Mauritanie), l’emprisonnement des militants des droits humains, le chantage fait aux étudiants et l’exclusion de la masse des étudiants noirs de l’octroi d’une bourse, et l’intimidation des journalistes sont autant des réalités illustrant le sombre tableau national sous le règne du général putschiste. Devant cette situation, se murer dans le silence constitue à notre égard un signe d’acquiescement et de résignation face  à l’oppression raciale.  Accepter le racisme banal, quotidien violent, accepter la reproduction de  « l’inhumanisation » du Nègro-mauritanien soit reproduite dans le territoire français par le seul fait du Prince du moment et de son tentaculaire gendre Ould Brahim Khlil. Nous devions prendre rendez-vous avec l’ambassade, nous y rendre et aller civilement exprimer toute notre amertume quant aux dérives du système. Dérives qui ont atteint leur paroxysme avec la répression barbare des Marcheurs de la dignité.

 

Le déroulement des faits

 

Le mercredi 07 avril aux alentours de 12h30, nous nous sommes rendus à l’ambassade de notre pays en France pour nous y entretenir avec nos autorités consulaires avec lesquelles nous avions pris rendez-vous pour exprimer notre amertume face à la répression des marcheurs rapatriés en particulier et de leur sort en général.

 

Dès notre arrivée, l’accueil des services de l’ambassade nous signifiera que nous ne serons reçus par personne, et encore moins par l’Ambassadeur partant, qui pourtant, continue encore de recevoir nos compatriotes arabo-berbères étudiants avec  tous les honneurs.  C’est alors que les esprits ont commencé à s’échauffer, d’autant plus que, quelques-uns de nos camarades venaient de la province pour l’occasion. Bousculades, insultes racistes proférées à notre encontre, coups reçus par deux de nos camarades dont une a eu la lèvre fendue. Refusant de céder à la violence du personnel aux ordres, nous nous sommes précipités vers le rez-de-chaussée, ce qui n’a pas empêché quelques-uns parmi les sbires de Ould Brahim Khlil de nous barrer la route, hurlant, vociférant que nous « ne descend[rions que] menottés comme de vulgaires lekwars (Nègres en hassaniya)».  C’est de la confusion née de cette situation, qui ne peut en aucune manière nous être imputée que des tables et des chaises ont été renversées. Certes que des documents ont été mis à terre, et les tables et les chaises retournées, mais aucun, aucun d’entre nous n’a ni cassé ni jeté quoique ce soit.

 

Etudiants, nous avions agi en tant que militants pacifiques. Et citoyens, nous avons agi en tant que patriotes déterminés. Nous voulions marquer notre solidarité avec nos frères rapatriés et violemment réprimés par des escadrons de policiers, gardes et gendarmes après une harassante marche de 400km. Les autorités de l’ambassade, sous les ordres du raciste Ould Brahim khlil en ayant fait appel aux forces de l’ordre pour nous arrêter, n’ont fait que reproduire ce à quoi les Noirs sont astreints dans leur quotidien en Mauritanie.

Ould Brahim Khlil, l’ambassadeur de la Mauritanie en France n’aime pas le Kwar, le Noir, il ne s’en est jamais caché. Et tout le monde le sait délateur patenté. Et la police française sait, elle-même, que c’est un piètre manipulateur, elle répétera, elle-même, et à l’envie que tout était « absolument grotesque !».

Grotesque, parce qu’ « arrêtés par la police française sur le territoire mauritanien et à l’invitation des autorités mauritaniennes». Moktar Ould Daddah et les pères fondateurs s’en sont surement retournés dans leurs tombeaux. Quelle honte pour la Mauritanie ! Quelle humiliation pour la Mauritanie ! La petite justice aux ordres de Nouakchott s’externalise par procuration ! On ne demandera pas à l’Emirat de Qatar d’arrêter et de juger Maouiya Ould Siud’Ahmed Taya le génocidaire, coupable de crimes de génocide, ce sont, parce que Nous sommes Noirs et non Arabes qu’Ould Abdel Aziz et son supplétif demandent à la France de trainer notre Honneur dans la boue. Non, nous ne sommes pas vous. Nous ne serons pas Vous : des criminels, des Racistes. Apprécions les agissements de la représentation de la Mauritanie en France :

 

  • Des milliers de Négro-mauritaniens rendus apatrides, devenus clandestins, sans emplois du fait de la politique d’enrôlement raciste de Mohamed ould Abdel Aziz et de son supplétif Ould Brahim Khlil,
  • Des dépouilles de Négro-mauritaniens jetées dans des fosses communes en France sans prières mortuaires parce qu’Ould Brahim Khlil refuse  signer les documents de levée de corps,

 

A la demande d’Ould Brahim Khlil, et après manipulation des preuves, ordre est donné à la police française de venir et de d’arrêter 21 personnes, alors que nous faisions à peine 14.

 

Les premières 24h de garde à vue ont été capitales : après une audition minutieuse de chaque personne, un des agents de la police nous a signifié que notre libération interviendra quelques heures avant la fin des 24h puisque  le dossier était vide. A notre grande surprise, seuls sept (7) d’entre nous sont libérés et la garde à vue de 14 autres prolongée. On nous apprendra que Nouakchott avait exercé des pressions diplomatiques sur le Quai d’Orsay et la Place Vendôme  pour transformer notre action « d’Indignés et de victimes du racisme » en une affaire d’Etat. L’ambassadeur Mohamed Mahmoud Ould Brahim khillil ; un raciste anti-noir réputé et ses officines à Paris et Nouakchott ont mis immédiatement leurs opérateurs en mouvement pour manipuler les éléments de preuves et nous présenter comme des casseurs et des destructeurs. La Mauritanie a donc saisi la Justice française pour punir ses enfants. Ce seraient nos compatriotes arabo-berbères, en serait-il ainsi ? Bien évidemment NON.  C’est bien parce que Nous sommes Noirs. Les Etudiants Arabo-berbères, eux, sont reçus dans des palaces parisiens, dans des Restaurants étoilés des Champs-Elysées.

La Mauritanie qui a manipulé les preuves veut que la France nous inflige de lourdes peines, ce que nous apprendrons le vendredi 09 mai 2014 au Tribunal de grande Instance de Paris. Ce sera 73.200 euros de dommages où la prison ferme. C’est ce que la République Islamique de Mauritanie exige de la France que nous payions.

Nous, les étudiants mauritaniens faisant l’objet de cette amande et de ces convocations déclarons ce qui suit :- rejetons avec énergie toutes les accusations qui émanent du système raciste et criminel de Nouakchott et de sa représentation à Paris,

– nous indignons des insultes racistes dont nous avons fait l’objet de la part du personnel de l’ambassade,

– nions avec force n’être en rien responsables des dégradations commises dans les locaux de 5 rue montévidéo à Paris,

– soupçonnons l’Ambassadeur raciste Ould Brahim Khlil sortant et ses éléments d’avoir fabriqué des fausses preuves pour nous mettre en mal avec nos compatriotes, nos familles et nos amis,

– dénonçons fermement la propagande,  la campagne de diabolisation et l’intoxication  contre nous et mettons en garde toute personne qui s’adonnera davantage à cet exercice car nous n’hésiterons pas à porter plainte, 

– lançons un appel à l’ensemble des Mauritaniens pour se dresser contre le racisme et l’esclavagisme du système qui nous gouverne, à réagir  face à cette injustice et ces discriminations.

– Et, enfin, nous remercions  très chaleureusement celles et ceux qui nous accompagnent dans cette épreuve.

 

 

Les signataires

1                    Dioum Samba

2                    Kébé Souleimane

3                     Boye Houraye

4                    Lam Abou Becry

5                    Ngaidé Khadijetou

6                    Sow Ahmed Tijane

7                    Bâ Aissata Sidiki

8                    Kébé Aly

9                    Djiguo Hajiratou

10                Bâ Saikou

11                Bâ Amininata

12                Konté Fama

13                Dia Abdoulaye

14                Bâ Kardiatou   

LES 14 ETUDIANTS LIBERES CONTRE 73 000 EURO DE DOMMAGES ET INTERETS

 Paris le 14/05/14

 

 

(Reçu à Kassataye le 14 mai 2014)

 

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