L’installation d’un gouvernement colonial
Néanmoins, la transition à un gouvernement colonial ne peut être que difficilement considérée comme une conquête. Les batailles entre Kajoor et les Français se déroulèrent entre 1861 et 1871. Le gouvernement colonial n’apparut pas du canon de fusil, mais de la fumée du chemin de fer.
Les tentatives de Demba War de préserver quelques aspects de la monarchie reçurent un appui politique de puissants marchands métis à Saint Louis. L’alliance entre les marchands de Saint-Louis et la cour de Kajoor débuta en 1870, elle était fondée sur l’intérêt mutuel
« Au Cayor la politique du Gouverneur n’a pas de nom (…) Cette politique a empêché le commerce dans la région et a sérieusement compromis ses intérêts ajoutant à la crise actuelle une nouvelle dimension (…) Est-ce que le Cayor, placé sous notre protection, sera mieux administré et produira autant que par le passé ? Nous l’espérons de tout notre cœur, mais quant nous voyons l’état matériel et la misère spirituelle qui a caractérisé le Waalo depuis notre annexion (…) nous pouvons seulement douter du futur du Cayor.[2] »
Demba War Sall, esclave royal et nouveau chef pragmatique du Kajoor
Avec la mort de Samba Lawbé, la communauté marchande embrassa le parti de Demba War Sall comme la meilleure chose après la monarchie[3]. Demba War maintenait des bonnes relations avec les commerçants Français et Africains de Saint-Louis dont il cultivait les relations politiques. Cela était facilité par son mariage avec la famille Descemet de Saint-Louis, très importante du point de vue politique, et qui disposait des bonnes connexions commerciales[4]. Les relations de Demba War avec l’élite politique et commerciale de Saint-Louis étaient étendues, il traitait directement
Demba War devint le chef supérieur de la Fédération de Kajoor groupant six provinces sous son gouvernement, celui de ses frères et de ses plus proches alliés. Le Protectorat de Kajoor en 1886 était le premier exercice réussi de construction d’un État dans le Sénégal rural. Le Protectorat était une solution improvisée à un problème spécifique. Depuis des décennies, les Français avaient vilipendé les ceddo. Faidherbe avait décrit le Kajoor dominé par ces derniers comme un pays affligé « par la violence sans foi ni loi d’une horde de brutes avinées. » (Ba 1976 : 241). La violence des ceddo contrastait avec l’industrie de la population musulmane. Après 1886, l’attitude française évolua parce qu’ils cherchaient à présent un moyen de traduire le pouvoir militaire
Demba War Sall et ses alliés ceddo réussirent à s’adapter à la nouvelle demande issue de l’économie agricole. La remarque la plus courante dans les dossiers
Politiquement, le succès le plus étonnant de Demba War Sall fut sa capacité à apparaître comme le maître incontesté du Kajoor au cours de la première décennie et demie du gouvernement colonial, et puis à transmettre la majeure partie de son pouvoir à ses successeurs. L’économie reprit son essor graduellement après la chute de production qui avait suivi les années d’instabilité politique entre 1883 et 1886. Demba War Sall devint le conseiller Africain le plus influent des Français. Il fournissait des troupes et des renseignements au cours des campagnes contre le Bawol et le Jolof, et influença les choix français pour les
Une dernière question doit être posée. Est-ce que le fait que Demba War Sall était un esclave royal avait de l’importance ? Pour la plupart des Wolof cela ne faisait aucune différence. Les seules plaintes à l’encontre de Demba War et de ses alliés provenaient des garmi [nobles, aristocrates] qui protestaient du fait que les Français avaient attribué le pouvoir à leurs esclaves. Cependant, la plupart des Wolof considérait l’élite ceddo comme un sous-groupe de l’aristocratie mais non comme des « esclaves[11] ». Cette tendance à « effacer
Dans un sens, cependant, cette question importe. La capacité de Demba War de faire des concessions aux Français était facilitée par son statut. Certes, Lat Joor et Samba Lawbé Faal avaient bien vu la nécessité d’un accord avec les Français, mais ils n’avaient jamais été capables de le concrétiser. Le code aristocratique de l’honneur, qui était répété sans cesse par les bardes, rendait extrêmement difficile aux garmi d’abandonner du territoire ou de renoncer à la guerre. Or, les esclaves royaux, qui avaient dirigée la maisonnée royale, la cour et l’armée, pouvaient adopter plus facilement une attitude pragmatique vis-à-vis des attentes du gouvernement colonial. De leur point de vue, les Français remplaçaient le roi et eux-mêmes pouvaient continuer
A suivre…/
James F. Searing University of
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[1] Voir Ganier 1975, et Moustapha Sarr, Louga et sa région. Essai d’intégration des rapports ville-campagne dans la problématique du développement, Dakar 1973 : 58-63.
[2] Voir Le Petit Sénégalais, du 14 octobre 1886 ; et Le Réveil du Sénégal, du 10 octobre et du 14 novembre 1886. Le Réveil du 10 octobre décrit la mort de Samba Lawbé comme une exécution. [Traduit de l’Anglais, ndt]. Le rôle de Devès et Crespin est discuté dans le livre de Robert July, The Origins of Modern African Thought, New York
[3] Gaspard Devès s’opposait à cette politique dans l’espoir que Lat Joor soit restauré. Lat Joor avait une dette importante avec lui. Voir Le Réveil du Sénégal, du 10 octobre et du 14 novembre 1886.
[4] Sur la famille Descemet voir Ba 1976 : 377-378. Demba War Sall avait épousé Khady Diop, qui était une parente de la famille Descemet. Elle est mentionnée fréquemment dans les dossiers
[5] Sur les liens entre Demba War avec les marchands Carpot et Valentin, voir Archives des Cercles, Saint-Louis (ac) 2D 14-4, Cercle de Cayor, Correspondance, 1902 : Cdt. Vienne à Directeur des affaires indigènes, le 6 mai 1902 ; voir aussi ac, 2D 14-3, Correspondance, 1901, Rapport de tournée, le 25 juin 1901. Voir aussi les dossiers ans, 13G 50.
[6] Voir ac, 2D 14-2, 2D 14-3. En 1901, le qâdî de Kajoor était Baba Jakhumpa.
[7] Ans, 13G 50, Notes administratives sur les chefs du Cayor.
[8] Assane Sylla, La philosophie morale des Wolof, Dakar, 1978 : 128 et sqq.
[9] Ans, 13G 50, Dossier
[10] ac, 2D 14-3, Correspondance 1901, Février, Commandant Penel à Directeur des affaires indigènes, le 16 février 1901, et Directeur des affaires indigènes à Penel, le 6 février 1901.
[11] La même attitude prévaut aujourd’hui dans le Kajoor rural. Voir Judith Irvine, Caste and Communication in a Wolof Village, PhD. University of
[12] Communication personnelle de Mamadou Diouf, octobre 1988. Diouf était l’un des historiens concernés par le débat autour du centenaire de la mort de Demba War Sall.
Source : Adrar-net.info (Le 10 mai 2014)
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