EXPOSITION : Paris vaut bien une Mecque

L'IMA met en scène le grand pèlerinage des musulmans.

La prière du muezzin retentit, comme à Fès, au Maroc, dans le vieux Delhi, en Inde, ou à Java, en Indonésie. Les photos des pèlerins en blanc défilent sur grand écran.

 

D'emblée, le visiteur est immergé dans le flot des croyants, invité à suivre, à l'Institut du monde arabe (IMA), à Paris, le parcours du hadj (ou hajj), le pèlerinage annuel des musulmans à La Mecque, en Arabie saoudite.

Cet événement religieux, social et culturel, vieux de quinze siècles, auquel la France consacre sa première exposition, réunit chaque année trois millions de croyants, formidable brassage de l'humanité. Pour le visiteur de l'IMA, son évocation est une expérience sonore, visuelle, interactive, intense.

L'exposition, à l'initiative du British Museum, a voyagé de Londres à Leyde, aux Pays-Bas, et au Qatar. A Paris, il s'agit d'une coproduction entre l'IMA et la Bibliothèque publique du roi d'Arabie saoudite, qui a prêté des objets jamais sortis des lieux saints.

Pour François Hollande, qui inaugurait l'exposition mardi 22 avril, le message est politique. Le président de la République a insisté, dans son discours, sur " la force de la relation entre la France et le monde arabe ". Et justifié la mise en place d'un plan anti-djihad, destiné aux jeunes. Il faut " mettre en garde " contre le fanatisme, a-t-il ajouté, " pour que la religion ne soit pas utilisée à d'autres fins, la plus abominable, celle du terrorisme ".

Dans la cour de l'IMA, les wagons de l'Orient-Express, objets d'une exposition parallèle, rappellent que ce train allait jusqu'à Médine, ville du prophète Mahomet, proche de La Mecque. Comme une introduction aux moyens de transport des pèlerins : chameaux, bateau, train, jusqu'à l'avion.

" Le pèlerinage part sur les pas des patriarches Abraham et Adam, à La Mecque. Les deux histoires tribales fusionnent dans la personne d'Ismaël, alliance entre Dieu et l'humanité, dans la cité idéale ", précise Omar Saghi, politologue, cocommissaire de l'exposition. La Ka'ba, littéralement " cube ", située au centre de la mosquée de La Mecque, autour de laquelle le pèlerin tournera sept fois, représente la " maison de Dieu ".

Selon la tradition musulmane, la Ka'ba, construite par Adam, détruite par le déluge, a été rebâtie par Abraham, père fondateur des trois monothéismes. L'intérieur est vide. Les idoles préislamiques ont été détruites. La châsse en argent de la fameuse pierre, que les pèlerins viennent toucher, présentée à l'IMA, est un prêt exceptionnel des Saoudiens.

Le parcours de l'exposition est ponctué de souvenirs centenaires, voire millénaires, du pèlerinage, cartes, récits, dessins, guides de voyage, recueil de prières ; comme ces feuillets, brunis par le temps, du Coran, datés du VIIIe siècle, couverts de sourates recopiées à l'encre noire, ou les fioles à parfum et bâtons de khôl du VIIIe siècle, exhumés de fouilles archéologiques. Ces souvenirs dialoguent avec des œuvres contemporaines dans une conversation intemporelle.

L'exposition conduit sur les routes millénaires qui sillonnent l'Arabie : routes commerciales – de l'encens, des épices… – autant que routes de circulation des civilisations. On passerait des heures à décrypter ces cartes et plans anciens, véritables rébus, où La Mecque est toujours au centre. Et on voudrait savoir ce que disent les sourates brodées au fil d'or sur les tentures de soie qui viennent de la Ka'ba.

Chaque objet raconte une route, terrestre ou maritime, d'Istanbul à Bagdad, Boukhara, Nankin, Djakarta ou Bombay : casque du sultan Tipu (Inde du Sud) ; mini-codex circulaire avec vues des sanctuaires, d'un Turc ; palanquin de soie rouge envoyé par un sultan du Caire, au XIXe siècle. Un feuillet de l'histoire des rois, du XVIIe siècle, prêté par la bibliothèque Mamma Haidara de Tombouctou, a échappé à l'autodafé des islamistes au Mali, en 2013.

L'arrivée du pèlerin à La Mecque est évoquée par un sas immaculé, sorte d'espace de purification qui précède les sept circumambulations autour de la Ka'ba. Une fois débarrassé de ses vêtements, il s'enveloppe de deux pagnes de coton blanc sans couture et dit : " Dieu, je me présente devant toi. "

Lors du hadj, la cité sainte de l'islam devient, pendant cinq jours, une gigantesque Babel où se côtoient les croyants venus de 189 pays, de tous âges et toutes classes sociales. Les pèlerins sont logés par pays, sous l'une des 50 000 tentes dressées dans la plaine de Mina, espace sacré où ont lieu les rites, dont la lapidation des trois stèles pour expurger la violence, comme une catharsis.

Pour inviter les jeunes à participer à l'événement, Jack Lang, président de l'IMA, a prévu un dispositif numérique interactif où chacun dépose témoignage, message et photo. " Nous voulons jouer un rôle constructif, positif. L'ignorance est la source des clichés ", précise-t-il. Faire passer un message d'universalité, de valeurs partagées, de découverte de l'autre, tel est le but.

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Florence Evin

 

Hajj, le pèlerinage à La Mecque

Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés- Saint-Bernard, Paris 5e, jusqu'au 10 août. Du mardi au jeudi, de 9 h 30 à 19 heures, le vendredi jusqu'à 21 h 30. Week-ends et jours fériés, jusqu'à 20 heures. De 8,5 € à 10 €. Imarabe.org

 

(Photo : " Pèlerins allant à La Mecque " (1861), de Léon Belly. FRANCK RAUX/STEPHANE MARECHALLE/RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE D'ORSAY)

 

Source : Le Monde

 

 

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