Législatives maliennes : un vote calme et sans enthousiasme

Hormis quelques incidents provoqués par des indépendantistes touaregs dans le nord du pays, les élections législatives se sont déroulées dans le calme, dimanche, au Mali. La ferveur était loin d'être la même que lors de la présidentielle de juillet et août derniers.

 

Les élections législatives maliennes, organisées dimanche 24 novembre, n'ont pas déplacé les foules. Le vote s'est déroulé dans le calme et sans enthousiasme populaire, hormis quelques incidents qui ont perturbés le scrutin dans le nord du pays. À Talataye, à l'est de Gao, des indépendantistes touaregs ont manifesté et saisi le matériel électoral pour empêcher le déroulement du vote, ce qu'ils ont réussi à faire.

Des incidents, également provoqués par des indépendantistes touaregs, ont aussi eu lieu à Kidal (nord-est) où des vitres de voitures ont été brisées. Selon une source militaire ouest-africaine dans la ville, les éclats ont blessé une femme. Enfin, près de Goundam, au sud de Tombouctou, des hommes armés non identifiés ont dérobé une urne.

Les bureaux de vote, qui avaient ouvert à 08h00 (locale et GMT), ont fermé à 18h00. De premiers résultats devraient être connus lundi. Des journalistes de l'AFP ont constaté une faible affluence tout au long de la journée à Bamako et des témoins contactés dans le Nord, où sévissent les jihadistes, ont confirmé cette tendance. "Il n'y a pas de monde, les candidats n'ont pas mobilisé", a noté Oumou Sawadogo, électrice d'un bureau installé dans un lycée de la capitale.

En allant déposer son bulletin dans l'urne à Bamako, le chef de l'État, Ibrahim Boubacar Keïta, a de son côté fait part de sa "joie" de pouvoir voter et estimé que ces législatives prouvaient que "le Mali est debout et avance". Selon le ministère malien de la Sécurité, dans les trois régions et grandes villes du Nord – Gao, Tombouctou et Kidal – "des mesures de sécurité nécessaires" avaient été prises pour "éviter toute surprise", à savoir une action islamiste armée. Un "cordon sécuritaire" y a été mis en place, composé des forces armées maliennes, de celles de la Mission de stabilisation de l'ONU au Mali (Minusma) et des militaires français de l'opération Serval.

"Plus d'agents que d'électeurs"

Dans la région de Kidal, à l'extrême nord-est du Mali, fief des Touaregs et de leur rébellion, "dans certains bureaux de vote, il y a même plus d'agents électoraux que d'électeurs", selon Oumar Touré, responsable local de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).La tendance était la même à Gao, la plus grande ville du nord du Mali, et à Tombouctou (nord-ouest) : calme, mais peu d'électeurs.

Le taux de participation devrait donc être bien plus faible que pour la présidentielle de juillet-août, où il avait tourné autour de 50%. "La nature des élections, présidentielle et législatives, est différente", a estimé dimanche Louis Michel, chef des observateurs de l'Union européenne (UE). "Quel que soit le taux de participation, on ne peut pas utiliser cet argument pour disqualifier ces élections", a-t-il ajouté.

Quelque 6,5 millions d'électeurs étaient appelés à voter pour ces législatives censées parachever le retour à l'ordre constitutionnel, interrompu par le coup d'État de mars 2012 et la conquête du Nord par des groupes islamistes armés liés à Al-Qaïda. Plus de 10 mois après une intervention armée internationale initiée par la France en janvier 2013, ces groupes continuent d'y mener attaques et attentats. Depuis fin septembre, ils ont tué une dizaine de soldats maliens, tchadiens et des civils.

Soumaïla Cissé chef de l'opposition ?

Vendredi, à Bamako, un gendarme français a été légèrement blessé par un tireur embusqué aux motivations encore floues, première action de ce type dans la capitale malienne depuis le début de l'intervention française. La veille, des roquettes, sans doute tirées par des islamistes, étaient tombées dans la périphérie de Gao, sans faire de victimes.

La présidentielle avait été largement remportée au second tour, le 11 août, par Ibrahim Boubacar Keïta face à Soumaïla Cissé, qui avait reconnu sa défaite avant même les résultats officiels. L'objectif du parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali (RPM), est de donner au chef de l'État une majorité confortable parmi les 147 députés de l'Assemblée nationale, mais il sera sans doute obligé de nouer des alliances.

Soumaïla Cissé, originaire de la région de Tombouctou où il est le candidat de son parti, l'Union pour la République et la démocratie (URD), ambitionne de devenir le chef de l'opposition parlementaire.

 

(Avec AFP)

 

(Photo AFP)

 

Source : Jeune Afrique

 

www.kassataya.com

 

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