Actualité oblige, il serait intéressant d’évoquer un peu le débat en cours en Mauritanie sur la participation ou non à la guerre au Mali.
Alors que les partis d’opposition n’hésitent pas à dire ce qu’ils pensent de ce conflit qui se passe tout de même aux frontières est du pays, quelquefois même tout près des localités qui accueillent des dizaines de milliers de réfugiés maliens, la majorité présidentielle soutenant le président Aziz ne dit pas un mot plus haut que l’autre. Même quand la question à été soulevée par les députés de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), mettant en garde contre l’immixtion de la Mauritanie dans ce conflit, les élus de la Majorité donnaient l’impression d’attendre que le rais se prononce sur la question.
Pourtant, l’on ne cesse de rapporter des propos contradictoires sur ce sujet. Non, la Mauritanie ne s’impliquera pas avait dit le président Aziz, bien avant l’intervention française qui a permis à l’armée malienne de reprendre du poil de la bête et de marcher sur le nord pour le reconquérir. Peut être bien, si le Mali nous le demande, aurait déclaré Ould Abdel Aziz, à Abou Dhabi, quand il avait rencontré le président François Hollande à la quête de soutiens africains dans sa « croisade » contre les groupes islamistes armés qui avaient pris le contrôle de tout le nord Mali il y a de cela presque un an. Et, dimanche matin, alors qu’il se rendait en Arabie saoudite pour le sommet économique arabe, RFI rapporte qu’Ould Abdel Aziz juge peu probable la participation de l’armée mauritanienne à la force africaine que les pays de la CEDEAO (Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest).
A l’heure actuelle, la position de la majorité sur la guerre est peu ou pas connue du tout. Et il faut dire que cette question est embarrassante à plus d’un titre.
La Mauritanie qui dit refuser de s’embarquer dans cette nouvelle galère de « guerre contre le terrorisme » est pourtant déjà passée par là – et seule tenez-vous bien ! Les « opérations préventives » menées par l’armée mauritanienne à Hassi Sidi et dans la forêt de Wagadou sont encore fort présentes dans les esprits, quand certains accusaient même le pouvoir d’Ould Abdel Aziz de froisser l’amour-propre des Maliens en menant une guerre sur leurs territoires et sans demander leur avis. Côté COD, on évoquait même une « guerre par procuration » au nom de la France de Sarkozy, qui chercherait alors à récupérer ses otages (Michel Germaneau et Pierre Camatte, entre autres) détenus par Al Qaeda au Maghreb Islamique et alors que le président Sarkozy, pourtant réputé plus casse-cou que les socialistes, avait affiché une certaine prudence n’allant même pas jusqu’à reconnaitre une participation effective aux opérations mais seulement un « appui logistique » !
Participer, oui ou non ?
En fait, la donne a sensiblement changé au Mali. Cela ne veut pas dire que le risque est devenu plus grand pour la Mauritanien, si elle décide de prendre part à la guerre contre AQMI qui a maintenant dans son sillage des groupes islamistes comme Ansar Edine et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO). Il est même amoindri par l’engagement de la France, avec son aviation et son infanterie, et d’une dizaine de pays africains venus participer à ce qui est présenté comme une opération internationale de « pacification » du nord Mali. Ce que craint Nouakchott, ce ne sont pas les risques de représailles mais le coût politique et médiatique d’une participation qui est loin de faire l’unanimité. Certes, personne n’ose soutenir Aqmi et ses « filiales », du moins ouvertement, mais l’on hésite également à prendre part à ce qui ressemble bien à une intervention étrangère, à un néocolonialisme dont l’objectif inavoué est d’assurer à la France une présence militaire et économique de longue durée dans une zone où les enjeux géostratégiques sont importants. Cette idée de guerre au Mali pour préserver des intérêts a même été évoquée par un député belge qui déclare que « cette guerre au Mali est pour le contrôle de l’uranium » ! C’est pour sauver AREVA qui exploite une mine d’uranium au Niger voisin et qui fait face à la montée ne puissance de la Chine, que la France mène cette guerre pour assurer son avance, clame haut et fort l’élu belge. Selon lui, les Etats unis soutiennent cette opération par ce qu’il s’agit d’un que leur donne la France pour préserver sa position dans le monde menacée par la montée en puissance de la Chine. Il a ajouté que les slogans de « lutte contre le terrorisme », de « défense des droits de l’homme » sont trompeurs et que les médias occidentaux gagneraient à ne pas prendre part à la propagande de ce mensonge. Et ce député d’ajouter : « comment un pays comme la Belgique qui aide les révolutionnaires en Syrie (en leur octroyant 9 millions d’euros), qui demandent l’application de la charia, qui reconnait des régimes islamiques en Libye, en Tunisie, en Egypte, tous des pouvoirs qui veulent aussi l’application de la charia peut-il prétendre prendre part à la guerre au Mali pour empêcher l’application de cette même charia ?
C’est une contradiction, et une hypocrisie et nous ne sommes pas si bêtes pour vous croire aujourd’hui quand vous dites vouloir mener une guerre au Mali « contre le terrorisme », et demain vous appellerez à d’autres guerres contre les pays du « printemps arabe » que vous avez aidés pourtant pour rendre possible l’avènement des régimes islamiques et que vous allez accuser de « terrorisme » pour justifier votre guerre pour défendre vos intérêts et ceux d’Israël ! Ce sont donc ces mêmes analyses qui risquent d’empêcher la Mauritanie de prendre part à la guerre. Et si le président Aziz est conscient de ce risque, plus que de celui qui voudrait qu’il répondre « présent » à Hollande, alors, alors il renforcerait l’hypothèse très en vogue chez l’opposition qui réduit le pouvoir en Mauritanie à la seule volonté du président Aziz.
MOMS
Source : L’Authentique le 23/01/2013{jcomments on}
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