Editorial du Calame : Agressions et affaissement des valeurs républicaines

A la mi-juillet, notre ministre mauritanien des Affaires étrangères et de la coopération, Hamadi Ould Hamadi, a fait l’objet d’une agression verbale et, surtout, physique, dans un établissement hôtelier de Tunis. Un fait attribué à un diplomate du nom d’Abdel Kader Ould Mohamed Yahya et, semble-t-il, revendiqué, par ce dernier, comme un «trophée de guerre».

 

 

Un peu moins d’un mois plus tard, le 14 août 2011, c’est au tour du médecin-colonel Fassa Yerim, maire de la commune de Rosso, d’être victime d’un traitement similaire, rudoyé par un agent municipal du nom d’Abou Kane.
Ces deux faits, sans lien direct, peuvent paraître «anodins». Ils sont, pourtant, symptomatiques d’une pernicieuse dérive. Un membre du gouvernement et un élu local «bastonnés», dans des circonstances qui autorisent à penser qu’ils étaient dans l’exerce de leurs fonctions de service public, c’est d’une extrême gravité. Présumés commis par des personnes relevant, l’une et l’autre, de l’autorité de leur victime respective, ces excès doivent être punis et l’emprisonnement de leurs auteurs considéré comme un «minimum syndical».
Au-delà de l’atteinte à la personnalité officielle des victimes, ces agressions publiques sont l’expression, inquiétante, d’un délitement et, même, d’un affaissement total des valeurs républicaines. Notre République glisse, à toute allure, vers le bas, au risque de se retrouver dans les caniveaux: elle est sommée de réagir. Certes, en plaçant les présumés agresseurs en détention, la justice a fait, jusque là, son travail. Pourvu qu’elle continue à refuser de se fourvoyer dans les «arrangements» tribaux, ethniques et familiaux, pour réhabiliter l’image de membres du gouvernement et de Premier magistrat de la cité: à travers eux, celle de toute la République. Compte-tenu des circonstances de l’une et l’autre affaires, elle a le devoir de poursuivre, même sans plainte ou retrait de plainte des victimes. Au-delà de la punition de la violence, physique, sur ces responsables, et psychologique, sur les membres de leur famille, la puissance publique doit réagir, pour recadrer les règles fondamentales de fonctionnement d’un Etat.
A l’été 2008, la «rectification», de Mohamed Ould Abdel Aziz, renversant un régime démocratiquement élu, nous promettait les effluves d’un futur en rose. Trois ans après, les Mauritaniens attendent, toujours, le redressement promis, bien au delà de quelques coups médiatiques, alors que la tendance à la dégradation des valeurs républicaines s’accentue, de manière inexorable. Pire, le pouvoir semble même entretenir les blocages de la société, en niant certaines évidences.

Amadou Seck

Source  :  lecalame.info le 13/09/2011

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