TAWASSOUL : La Réforme avant qu’il ne soit trop tard

«Je ne veux que la réforme, autant que je le puis. Et ma réussite ne dépend que de Dieu. En Lui je place ma confiance, et c’est vers Lui que je reviens repentant» Coran, Sourate : Hud, Ayat : 88.

 

La Mauritanie traverse aujourd’hui une étape délicate requérant de tous de considérer la  situation actuelle et l’horizon futur. Les dossiers sociaux s’accumulent sans solution, les causes de la jeunesse et des générations futures ne trouvent ni un traitement efficace, ni même un diagnostique correct. Les procédures suivies pour faire face à la hausse des prix sont insuffisantes et  inefficaces. Le chômage augmente dans l’absence d’une politique d’emploi sérieuse et la présence d’une anarchie du secteur du au recrutement clientéliste et à l’exclusion pour des raisons politiques ou sociales. Le slogan de la lutte contre la corruption n’a pas été traduit en action concrète sur le terrain où persistent toujours les divers comportements corrompus et où les professionnels de la corruption préservent encore leur fonction. L’économie souffre réellement en raison de l’anarchie des choix et la priorité accordée à l’apparent immédiat au détriment du profond à long terme. Les mesures et les actions entreprises (distributions, routes  asphaltées, boutiques de solidarité de 2011, distribution des terrains, etc.) n’ont pas eu d’effet dans le traitement de cette situation, à cause de l’absence de la planification, la nature exagérément propagandiste, l’insuffisance ou la négligence des facteurs ayant le plus d’impact (augmentation des salaires, transparence du marché,  création emplois, etc.)

 
Au niveau politique, le régime poursuit son refus pratique de l’indispensable dialogue politique que tout le monde demande et dont le pays a tant besoin en pareille situation. Ce refus est renforcé par une politique médiatique monolithique, tant sur le plan de l’information que sur celui de l’opinion, ne laissant aucune considération pour les partenaires du pays et  sa politique. Le sort du dialogue social n’est pas meilleur car les autorités refusent de dialoguer avec les centrales syndicales les plus représentatives et l’ignorance reste le comportement suivi dans le traitement des revendications des travailleurs.

 

Les questions relatives à l’unité nationale et à la paix sociale n’ont pas connu un traitement qui nous met sur la voie de la solution, de l’harmonie et de l’Etat de la citoyenneté. Les lois de lutte contre l’esclavage sont bloquées, la jurisprudence et le comportement égalitaires sont faibles dans l’effort officiel. Les dysfonctionnements dans l’organisation du retour  des expulsés, relatifs a la nature globale du retour et aux conditions d’accueil, n’échappent pas aux observateurs de ce dossier et certains habitants du pays éprouvent toujours la marginalisation. 

S’ajoute à cette situation la gestion du dossier sécuritaire qui place les forces armées dans des affrontements non calculés. La question du terrorisme qui constitue une menace pour toute la région a été traitée d’une manière confuse ne respectant pas les exigences de la prudence et les impératifs de la coordination régionale sérieuse. 

La raison principale des crises et des problèmes que vit le pays en cette phase est fortement liée à la méthode monolithique de la gestion de l’Etat  qui caractérise le pouvoir de l’actuel Président. Toutes les décisions  sont concentrées entre ses mains, y compris les décisions concernant des secteurs et des services à caractère technique spécifique. Cette situation est aussi aggravée par l’absence d’ouverture sur l’Opposition et le refus de traiter directement avec elle sur les questions nationales majeures. 

 

Autour de nous se poursuivent les profondes mutations par la volonté des peuples 
aspirant à la démocratie, à l’Etat de la justice et à la dignité. Après le changement  démocratique en Guinée et l’expression par le peuple ivoirien de sa volonté que Gbagbo entrave toujours, voici que les révolutions populaires menacent et renversent les dictateurs les plus tyranniques en Tunisie, en Egypte et en Libye. 

Partant de cela et considérant la situation intérieure et  régionale, une réforme radicale s’impose d’urgence. Cette reforme doit être réelle et crédible afin d’éviter la déviation du pays vers plus de crises et de détérioration des conditions de vie et de la situation sécuritaire, sociale et économique. 

Au Rassemblement National pour la Réforme et le Développement « TAWASSOUL », nous pensons que  les axes de cette réforme sont les suivants: 

 

  1. Les réformes constitutionnelles, politiques et économiques: 

 

 

Toute véritable réforme doit commencer de façon constitutionnelle pour établir des bases empêchant le monolithisme, répartir les pouvoirs et les richesses, activer le contrôle, protéger les droits et les libertés. La première traduction de ces principes doit intervenir dans les domaines  politique et économique. Les priorités au niveau constitutionnel et dans les domaines de la politique et de l’économie sont donc les suivantes :

1. Engager une réforme profonde de la Constitution visant plus de décentralisation et de répartition des pouvoirs. Le régime présidentiel qui ouvre clairement la porte au despotisme doit être remplacé par un régime parlementaire qui accorde la plupart des pouvoirs exécutifs à un Premier Ministre responsable devant le Parlement. Le Parlement doit avoir des pouvoirs plus forts et plus clairs en matière de contrôle et d’enquête. Le pouvoir judiciaire doit avoir une indépendance totale. La réforme constitutionnelle doit mettre en place une base solide pour un véritable Etat des institutions. 

2. Respecter l’indépendance du pouvoir judiciaire et lui fournir le climat moral et matériel adéquat pour jouer son rôle de rendre la justice loin de toute influence du pouvoir exécutif. Cela veut dire la rupture totale avec l’instrumentalisation de la justice dans les règlements des comptes et la répression des opposants. 

3. Adopter une véritable transparence dans la gestion des affaires publiques. Fournir  les informations et données authentiques sur les biens et les marchés publics aux parlementaires et aux partis d’opposition. Informer l’opinion publique sur les biens déclarés, en particulier pour les personnes nommées aux plus hautes responsabilités dans l’Etat et inclure leurs familles dans l’obligation de déclaration des biens. 

4. Mettre un terme à toutes les manifestations du Parti – Etat dont certains aspects sont apparus dernièrement. Eloigner le Gouvernement de l’identification avec un parti ; interdire strictement  la réquisition des moyens de l’Etat pour les campagnes électorales. Confier les Ministères de l’Intérieur et de la Défense à des personnalités indépendantes, connues par leur intégrité. Interdire l’affiliation politique aux responsables de l’administration territoriale. Soumettre certaines nominations sensibles (grandes entreprises et fonctions de haut niveau)  au consentement du Parlement. Accorder un soutien moral et matériel aux partis politiques, à la presse et à la société civile leur permettant d’être des supports efficaces au service de la démocratie. 

5. Eloigner les forces armées et les forces de securite du domaine politique et leur donner une véritable dimension républicaine et nationale, loin de tout alignement  politique, ethnique, régionaliste ou tribaliste. 

6. Réviser la politique sécuritaire de lutte contre le terrorisme de manière qui en garantit le patriotisme loin de l’agenda extérieur et y réaliser l’unanimité afin de protéger la patrie et le citoyen dans le cadre d’une concertation régionale efficace. 

7. Réviser le système électoral en pleine concertation avec les diverses parties politiques de façon qui renforce la proportionnelle, qui ne doit pas représenter moins que 60% des listes communales. Cette révision doit renforcer la stabilité des conseils municipaux et garantir les mécanismes adéquats pour assurer la liberté et la transparence des élections. L’un des plus importants mécanismes est la supervision totale des élections par une commission indépendante crédible, concertée et permanente. La stabilité de la représentation doit être respectée en considérant les sièges comme appartenant aux partis et non aux individus.

8. Transformer les médias officiels en véritables médias publics ouverts à tous. Supprimer le Ministère de l’Information. Démocratique la HAPA en termes de composition et des mécanismes d’action. Définir des procédures de sélection des responsables des institutions médiatiques de manière a assurant leur indépendance. 

9. Engager une réforme administrative, sortant l’administration mauritanienne  de la situation de mollesse, de corruption et d’incompétence et la portant à un niveau qui répond aux aspirations des citoyens. Soumettre l’accès à la fonction publique ou la promotion dans l’administration à des règles transparentes basées sur la compétence et régies par l’équité. Libérer  les fonctions techniques de la politisation. Rompre véritablement avec la logique de la tribu influente ou de la famille influente. Interdire le cumul de la force commerciale avec l’influence de la fonction. 

10. Soumettre la politique économique à une méthodologie scientifique claire loin de l’improvisation, d’une manière qui encourage l’investissement, impulse le développement, offre un climat de transparence et de libre concurrence entre les différents acteurs économiques. 

11. Rendre l’Etat en termes de comportement, de lois et de procédures 
attractif pour les investissements étrangers et aidant à assurer la quiétude des investisseurs. 

12. Combattre la corruption de manière sérieuse, pratique et convaincante. Dépasser la phase de déclaration de ce combat avec laquelle se poursuivent les comportements de corruption et ou les  symboles de la corruption continuent à se relayer les fonctions. 

  1. Renforcement de la citoyenneté et protection de l’unité nationale: 

 

Les facteurs les plus importants de l’Etat juste sont le concept de citoyenneté et le fait  de rendre l’appartenance à la patrie la norme des droits et devoirs. Partant de cela, nous devons, dans ce pays qui a souffert de menaces réelles à son unité et
dont les citoyens ont été éprouvés dans leur citoyenneté, restituer à la citoyenneté son sens et son implication, cela constituera la base de l’unité nationale qui nécessite la reconstruction et le renforcement et les points suivants paraissent essentiels dans ce domaine: 

1. Faire du caractère multi- ethnique un facteur de richesse travail et de complémentarité, pousser les citoyens, à travers le comportement et l’information de l’Etat, à sentir leur citoyenneté et  mettre fin à la marginalisation ressentie par certaines composantes nationales.

 
2. Combattre toutes les manifestations et les séquelles de l’esclavage, en appliquant les lois y afférentes et d’accélérer l’application d’une politique de traitement préférentiel dans la répartition des ressources et de certains projets et services au profit des groupes victimes de ce phénomène ou de ses séquelles. 

3. Réexaminer le dossier des déportés de manière à régler toutes les questions 
en suspens qu’il s’agisse de l’Etat civil ou des conditions d’une vie décente qu’on doit leur fournir à titre de compensation pour l’injustice et l’expulsion et  œuvrer avec sérieux envers les expulsés restants au Sénégal ou au Mali. 

4. Respecter la dignité du citoyen auprès des autorités administratives et de sécurité, considérer l’atteinte à la dignité comme punissable et faire du fonctionnaire public, pour important que soit son poste, un serviteur du peuple. 

5. Diffuser la culture de la citoyenneté unificatrice et de traiter avec rigueur ceux qui exploitent l’influence tribale, ethnique ou clanique. 

 

III. Les conditions de vie et les revendications sociales:


Les conditions que vivent les citoyens ne peuvent pas continuer à cause du fardeau de la hausse des prix et des salaires modestes de ceux qui en perçoivent.  Le chômage continue à détruire la vie d’une importante couche de jeunes qui se sont préparés et formés  pour se retrouver dans un état d’impuissance, alors qu’ils voient ceux qui n’ont pas de qualification  ou sont faiblement qualifiés occuper les meilleurs emplois et postes. Par conséquent, les propositions suivantes constituent le seuil  minimum: 

1. Réduire les prix des produits de première nécessité de façon réelle et tangible, déterminer des  produits de base à subventionner efficacement et réfléchir à l’adoption de la carte d’approvisionnement pour les familles démunies. 

2. Augmenter le salaire de base et les pensions des retraités et augmenter les salaires de façon substantielle, aligner leur évolution sur celle des prix pour protéger le pouvoir d’achat des citoyens et accompagner cela de politiques empêchant l’inflation. 

3. Contrôler le marché et y rendre la concurrence transparente, de manière qui aide au dynamisme et limite le monopole et l’exploitation. 

4. Créer des emplois réels et conséquents pour résorber le chômage répandu à grande échelle chez les jeunes et notamment les diplômés, et rendre transparent le recrutement dans les entreprises publiques, les projets……..  

5. Régulariser la situation des ouvriers et des fonctionnaires dans de nombreux secteurs et établissements, de façon qui leur rend leurs droits et empêche de les manipuler dans l’avenir et élaborer un plan sérieux pour résoudre le problème des travailleurs non-permanents dans le sens de leur  titularisation et de leur jouissance de l’intégralité de leurs droits. 

6. Ouvrir un dialogue social sérieux avec les centrales syndicales  Les travailleurs sur la situation et les revendications des travailleurs et abandonner la politique de méconnaissance délibérée  des syndicats. 

7. Impliquer tous les acteurs et les parties concernées dans la préparation des Etats Généraux de l’Education et traiter cette question avec sérieux et sincérité le sortant du cercle d’essais et d’erreurs, lui traçant un juste chemin tenant compte des constantes et des réalités du pays et en faisant un facteur de développement et  de progrès. 

8. Accorder une attention particulière aux jeunes et aux femmes et élaborer de véritables politiques pour résoudre leurs problèmes loin des slogans qui ne sont pour la consommation locale, non accompagnés d’une vision ni suivis d’effet.

 

Tels sont les points les mesures les plus importants que TAWASSOUL considère comme susceptibles de sortir le pays de la situation actuelle et de lui ouvrir de véritables perspectives sur le chemin de la liberté, de la dignité et de la démocratie. En posant et en exposant cette vision à tous, pouvoirs publics, partis et forces vives comme les syndicats, les jeunes et les professionnels, nous espérons qu’elle trouve  des oreilles attentives et des esprits conscients car le pays a en besoins, l’initiative s’impose et le début commence par l’appel sincère et rapide à un dialogue immédiat pour lequel nous présentons cette note.

(Certes, Allah vous commande de rendre a leurs ayants droit, et quand vous jugez entre des gens, de jugez avec équité.)

Et c’est Allah Qui accorde le succès et guide vers le droit chemin.

Bureau politique 25 – 03 – 1432 h 28 – 02 – 2011

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