Opérations de recensement des gazras de Nouakchott : Pauvres autoproclamés, samsaras, recensement sélectif…

Dans les quartiers périphériques de Nouakchott, les opérations de recensement des populations déshéritées en vue de leur attribuer des lopins de terre, se font dans un désordre indescriptible. Des nantis ont massivement investi les lieux pour, comme d’habitude, détourner un projet destiné aux pauvres. L’administration, en principe garante du bon déroulement de l’opération, participe au désordre ambiant. Reportage

De l’avis de nombreuses personnes rencontrées dans ces quartiers précaires, le vœu du président Mohamed Ould Abdel Aziz est d’en finir pour de bon avec le phénomène de la Gazra, avant le 28 novembre 2010 date de la célébration du cinquantenaire de notre indépendance nationale. Mais, la réalité est tout autre sur le terrain.
On raconte même, que les hautes autorités du pays dans leur souci de circonscrire cette Gazra, qui date de l’exode massif des populations vers la capitale à cause de la forte sécheresse, comptent exposer comme symbole signifiant la fin de ce mythe au musée national, une baraque. Cette relique signant la mort de la gazra servira de souvenir de mémoire de Nouakchtois, ou pour tout autre visiteur.
Dans ce haut lieu de la pauvreté et devenu par la force des choses un fonds de commerce où règnent la corruption, le clientélisme et l’arbitraire, se côtoient différentes catégories de personnes parmi lesquelles des Samsaras, fonctionnaires véreux, gros bonnets et démunis jouant perpétuellement le jeu et chacun y trouvant son compte.

Marchands d’illusions face aux déshérités
Grands propriétaires terriens, ces messieurs devenus immensément riches sur le dos des misérables, sont insatiables et n’hésitent pas à débourser des sommes colossales pour acquérir les fiches faisant l’objet de ce recensement, ceci avec l’aide de Samsaras infiltrés un peu partout dans ces opérations. Ils ne sont pas ostensibles, agissant souvent dans l’ombre.
Ce sont ces mêmes personnages qui s’arrogent le droit sur tout ce qui est destiné aux pauvres, comme lors de distributions de vivres.
Ils réussissent à appâter ces défavorisés acculés par l’extrême pauvreté. Certains bénéficiaires de lots ou encore de fiches, n’hésitent pas à vendre leurs portions une fois acquises au plus offrant, avant d’aller chercher là où se caser dans l’attente d’une nouvelle «phase. » L’expérience du quartier Hay Sakem est édifiante, nombreux sont ceux qui ont vendu leurs lopins de terre pour se retrouver ailleurs.

Deux poids, deux mesures
Dans les moughataas ciblées ( El Mina, Arafat, Toujounine et Dar Naïm), des commissions de recensement ont été envoyées sur les sites. Elles sont composées d’un président, un topographe, un photographe et un recenseur accompagnés d’un service de maintien d’ordre. Ces opérations de « relogement » laissent à désirer, puisque bon nombre de citoyens « éligibles » à cette distribution ont été soit omis, soit rejetés ou contournés au profit d’autres personnes promptes à débourser ou ayant des connaissances ou encore « recommandées » à la commission. Leur mission laisse souvent à désirer comme à Arafat (Gaza) où toutes les personnes rencontrées disent ne pas comprendre l’attitude des recenseurs, qui ne recensent qu’au gré de leur humeur, procédant souvent à des omissions volontaires.
Selon certaines révélations ces derniers exigeaient une surface de 40 mètres carrés pour se faire recenser. Une surface qui n’est pas à la portée de n’importe qui, exceptés les « nantis ».
Paradoxalement, des personnes dont les abris ne correspondent pas aux caractéristiques exigés ont été pourtant recensées. C’est ce que nous confia une femme, dont le mari était absent et à qui il a été conseillé de partager le lot avec un autre homme, si elle ne veut pas se voir « rejeter». Cette dernière qui occupait une surface de 7 mètres 65 sur 6,5, a simplement décliné l’offre.
Outrées par l’attitude de la commission de recensement, des personnes se sentant lésées ont affrétées lundi dernier deux bus. Direction : le palais présidentiel Ces citoyens et citoyennes pour la plupart gardaient leur mal en patience et attendaient depuis des jours déjà le passage de la commission de recensement qui se déplace au gré de l’humeur de ses membres, ont fini par prendre la route de la présidence pour protester contre le traitement qu’on leur réserve. Elles dénonçaient le mépris des agents recenseurs à leur égard, l’exclusion dont elles font l’objet et les pratiques mafieuses auxquelles se livrent ces agents. D’ailleurs, l’un des bus a été immobilisé par le commissariat d’à coté pour défaut de documents. Cela n’a pas empêché la population d’utiliser un autre moyen de locomotion pour faire entendre sa voix. L’heure tardive de leur départ (16h30), n’était pas propice pour être reçu. Le lendemain matin, ce groupe a été rejoint par d’autres personnes venues d’El Mina victimes elles aussi des mêmes manquements.

Des opérations détournées de leur objectif
Ces opérations de recensement, en principe destinées aux économiquement faibles, sont souvent détournées de leur objectif par certaines personnes qui abusent de leur autorité. A Toujounine par exemple, c’est la casse. Selon nos informations, le Hakem de cette moughataa a donné l’ordre de tout détruire. Les gros engins démolissent briques, bois et contre plaquet et plusieurs personnes sont actuellement sans abri. Des familles entières sont dans le dénuement total. Dans les autres moughataas, le clientélisme, le favoritisme et la corruption sont au menu de ces journées qui ne font que s’allonger et s’alourdir. C’est dire l’ampleur des transgressions commises par ces fonctionnaires, à l’encontre de paisibles citoyens dont le seul tort, c’est d’être dans le besoin.
Les autorités du pays qui ont entamé un programme d’attribution de terrain (donner à chaque citoyen une parcelle) ce qui est un droit fondamental, doivent veiller à son application au risque de voir leur action sabotée par ceux là qui sous une autre face, ne veulent pas la mort de cette gazra qui signifierait la fin de leur opulence.
Au rythme où vont les choses, si une solution n’est pas trouvée pour rétablir dans leurs droits ces déshérités, la gazra aura encore de beaux jours devant elle.

Réactions

S. O. L

Je suis dans cette Gazra depuis sept ans avec mes cinq enfants, dont trois sont nés ici et jusqu’à présent nous n’avons pas été recensés. L’autre jour, les recenseurs sont arrivés jusqu’ici, (environ une vingtaine de mètres) et ils sont repartis de l’autre coté, vers l’Est. Pourtant de nouveaux arrivants, ont été recensés et photographiés et nous attendons toujours notre tour. Je sais tout simplement que j’ai le droit d’avoir une parcelle et que tout le voisinage sait que je suis l’une des plus anciennes ici. Mais, malheureusement il y a de l’injustice dans cette opération de recensement.

A. M. S
Nous remercions Ould Abdel Aziz le président des pauvres pour cette action, parmi tant d’autres et lui souhaitons longue vie. Cependant, nous déplorons l’attitude des gens venus faire le recensement, ils l’ont fait suivant des critères qui ne sont pas objectifs, à savoir celui d’exiger une dimension.
A une question de savoir si elle a été recensée. Elle répond par l’affirmative, mais ceci ne m’empêche pas de dénoncer les manquements.

Un cas de conscience qui mérite une solution

F.M. B, est âgée d’une trentaine d’années et fraîchement divorcée, dans ses bras un jeune garçon de six mois qu’elle allaite et à ses cotés deux fillettes, dont la dernière est née dans ce ghetto, tout comme le nourrisson. Elle nous dit qu’elle vit dans cette baraque depuis 4 ans et c’est dans la consternation qu’elle a vu la commission de recensement refuser de l’inscrire.
Faute de papiers d’Etat civil. Un cas comme beaucoup d’autres qui doit être solutionné.

Hachim Haïdara

Source: Le Quotidien de Nouakchott

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