L’édito de la Tribune

Le Conseil Constitutionnel a rendu son avis : il a jugé anticonstitutionnels quelques-uns des articles de la loi sur le terrorisme. Suite à une démarche d’une partie des députés de l’Assemblée nationale.
La loi a été votée par les deux Chambres après sa proposition par le gouvernement. Elle a fait l’objet de grandes polémiques dans les milieux politiques et médiatiques. Après avoir bien sûr suscité des débats houleux à l’intérieur du Parlement. Ne restait devant les députés y voyant une atteinte à la liberté, que le recours au Constitutionnel et l’invocation de l’anticonstitutionnalité de la loi. C’est fait.

D’abord digérer cette évolution. N’est-ce pas quelque chose d’impensable il y a quelque temps ? Les velléités d’indépendance du Conseil découlent de la nouvelle attitude du pouvoir. Nécessairement. Comment consolider la tendance ? C’est la question que nous devons poser.

Ensuite faire des contrepropositions. Quoi mettre à la place des articles incriminés ? Les détracteurs de la loi sont attendus sur la question.

Enfin – et c’est probablement le plus important – les faiblesses de la loi ont pour cause principale l’absence d’une stratégie claire de lutte contre le terrorisme. On a entendu le Premier ministre donner les détails d’une approche : engager une bataille au niveau idéologique pour contenir les esprits déviants, une autre économique pour retenir la jeunesse et une sécuritaire pour préserver la stabilité du pays.

L’approche idéologique a permis l’engagement d’un dialogue entre les Ulémas du pays et les prisonniers salafiste, a dit le Premier ministre sans toutefois spécifier si ces discussions auront des conséquences politiques ou non, si elles ont réussi ou pas… Les projets économiques visant la jeunesse ont été mis en œuvre. Là aussi aucune indication. La dimension sécuritaire a donné des résultats dont la dernière embuscade tendue par l’Armée nationale aux trafiquants dans le nord-est du pays. Pourtant ce n’est pas le PM qui va le premier en parler au cours de la conférence de presse mais quelqu’un d’autre.

A ce sujet – aussi – les propos du Premier ministre sont restés évasifs. Pourtant, c’est l’un des défis lancés aux autorités issues de l’élection du 18 juillet dernier. Tous le reconnaissent. La question est de savoir où en est-on ?

Sur le plan militaire, le pays tente – avec réussite apparemment – de reprendre possession du territoire national. L’Armée est désormais déployée un peu partout. Ce qui lui permet d’intervenir dans les délais partout où besoin se fera sentir. L’opération de Lemzeyreb est venue laver l’affront de plusieurs années de provocations et de confrontations largement à l’avantage de l’ennemi. Cette victoire devrait redonner confiance aux forces armées qui ont quand même bénéficié d’une remise à niveau certaine.

Mais sur le plan idéologique, social et politique ? Il y a eu certes ces discussions entre salafistes prisonniers et Ulémas. Elles ont duré le temps qu’il faut pour concevoir un arsenal de relectures qui pourraient fonder une conscience nouvelle, une vision plus ouverte, plus conforme à ce qu’est le monde d’aujourd’hui. Si c’est le cas, il est temps d’en publier les conclusions.

Ces conclusions auraient pu servir à orienter les prêches dans les mosquées, à tempérer les engagements au nom de la religion, à fonder un Fiqh nouveau et adapté… chose dont nous avons besoin, nous qui sommes encore régis par les textes rabâchés des exégètes du 17ème, 18ème et 19ème siècles.

Sur le plan social et politique, il faut aussi penser à une approche qui fonde un ordre nouveau. Au niveau de l’éducation qui doit servir à former un homme mauritanien moderne et juste. La Mauritanie a besoin d’une école qui peut être le moule des générations de demain.

De la formation professionnelle qui doit mettre sur le marché du travail des jeunes formés  à tous les métiers.

De l’emploi qui doit permettre l’insertion de tous les Mauritaniens en âge de travailler.

La stratégie de lutte contre le terrorisme doit voir le jour. La loi sur le terrorisme doit en refléter la philosophie

MFO

La Tribune N°491 du 08 mars 2010

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