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Les premiers pas de ce chantier dont l’idée a germé il y a cinq longues années (mon Dieu !!!) viennent donc de se faire.

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L’Initiative du dialogue rencontre le président du parti Tawassoul

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Mauritanie : Les Salefistes veulent un cadre politique, mais rejettent la démocratie "occidentale"

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Mauritanie - Diplomatie: des professionnels hostiles aux récentes nominations

L'Association des Diplomates Professionnels a fustigé dans un communiqué rendu public hier les dernières nominations au Ministère des Affaires Étrangères. ...
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Tribune - Tribune

Nul doute que l'année 2011 restera dans les annales avant tout comme celle des révolutions des peuples arabes, dont la vague est partie de la Tunisie voilà un an et des poussières.

De conjectures en supputations, les Africains se sont demandé si la flamme passée chez les voisins Égyptiens et Libyens en même temps qu'elle gagnait une partie du Moyen-Orient allait ou non dépasser "le rideau de sable" qui a toujours séparé le Maghreb arabo-musulman de l'Afrique noire subsaharienne. La réponse n'a pas tardé à venir : s'il y a une Afrique qui n'a pas attendu d'avoir son Karl Marx ni d'élire son Mikhaïl Gorbatchev pour sonner le tocsin et poser, dans le feu et le sang, les jalons d'un nouveau destin qui lui soit propre, il existe aussi une autre Afrique, davantage pusillanime.

Cette dernière, tout en saluant les soulèvements « grass roots » qui ont précipité la fin de deux des pires dictatures du continent, semble réticente à inscrire l'exercice de son droit à la résistance à l'oppression dans les sillages de ce nouveau « printemps des peuples ». Entre les deux, s'est dessiné une autre Afrique, transsaharienne celle-là, dont la volonté claire et ferme de se défaire des régimes en place n'a jamais abouti à la victoire annoncée des peuples concernés. C'est que la flamme populaire, ici, a été court-circuitée par des interventions militaires étrangères qui semblent finalement avoir fait surgir plus de questions qu'elles n'ont apportées de réponses.

Comme un doigt d'honneur

La première Afrique incarnée par les deux pays arabes du Nord du continent qui ont réussi à briser les chaînes de la peur avant celles de l'oppression des régimes Ben Ali et Hosni Moubarak, a surpris la planète. Mieux, elle a forcé l'admiration de tous, tout particulièrement de cet Occident qui trop souvent l'a snobée en fustigeant « l'incapacité chronique de la rue arabe à structurer ses revendications et à les faire aboutir ». Desservi par « l'orientalisme » que dénonçait Edward Saïd1, y compris dans les analyses de ses diplomates et autres experts ès Monde arabe, l'Occident n'a rien vu venir, il n'a surtout rien anticipé.

Aux sources de ce succès, trois facteurs expliquent selon moi, ne serait-ce en partie, pourquoi l'effet domino tant espéré vers l'Afrique noire subsaharienne n'a pas eu lieu. Le premier est que le monde arabe auquel appartient cette Afrique repose sur un ciment religieux qui, même s'il recouvre des sensibilités différentes quant à la place de l'Islam dans la sphère politique, n'est pas moins un facteur structurant d'une certaine conscience nationale qui n'a pas de pendant véritable de l'autre côté du Sahara. Dans nos régions subsahariennes, en effet, la multiplicité d'ethnies et de langues dans les espaces étatiques semble renforcer plus qu'ailleurs la vulnérabilité des « nations » encore en gestation. Les luttes politiques qui y prennent racine doivent composer avec cette réalité maintes fois mise en lumière par le vote ethnique - Le peul Cellou Dalein Diallo, candidat malheureux de la dernière présidentielle guinéenne, en sait quelque chose.

Un deuxième facteur, davantage contemporain, réside dans le fait que cette Afrique peut revendiquer une frange de la population éduquée non négligeable, surtout dans ses classes moyennes urbaines, lesquelles ont su faire la preuve d'une maturation politique, prévisible celle-là. Enfin, sa jeunesse a su tirer profit des nouvelles technologies de l'information et de la communication, en particulier des médias sociaux, moins investis dans le reste du continent. Loin de tout carcan idéologique, tournée vers elle-même et refusant toute concession, elle a alors réalisé l'impensable, jusqu'à la chute des tyrans. Après quelques couacs sous le registre de la communication, Washington, Paris et Londres, en témoins résignés, ont fini par trouver le moyen de se consoler : "puisque ces révolutions nous ont échappé, feignons d'en être les soutiens".

Peur noire et Grand Méchant Blanc

La deuxième Afrique observée à l'orée de 2012 est aux antipodes de la première. C'est à la fois celle des tripatouillages constitutionnels qui accouchent des présidents à vie et celle des élections proprement bâclées, voire des holdups électoraux, les cas les plus éloquents en 2011 étant ceux de la RDC et du Cameroun. La grogne qui couvait depuis des décennies a montée, au point où l'on croyait le catalyseur arrivé dans les sillages d'une crise électorale - sanglante dans le cas du Congo -, et puis... rien. Ni l'abondance des preuves d'un déni de démocratie dont se seraient rendus coupable les pouvoirs en place, ni le bâillonnement d'une presse locale qui avait commencé à jouer le rôle de quatrième pouvoir depuis le début des années quatre-vingt dix, n'ont convaincu les peuples que le temps était venu pour eux d'avoir leur « Place Tahrir » à Libreville, Kinshasa, Yaoundé, Ouagadougou...

Aussitôt que les régimes en place ont sorti les premiers chars, que les premiers manifestants sont tombés sous les balles des hommes en uniformes, la peur a gagné les villes et le rêve du changement a tourné court. Comme aux lendemains du discours de François Mitterrand prononcé à La Baule le 20 juin 1990, qui fit alors déferler sur le continent le fameux « vent de « démocratisation » avec le succès que l'on sait. Un monde semble séparer l'étudiant tunisois de son pendant librevillois, l'homme politique égyptien du congolais, l'imam de Sousse du pasteur de Douala. Les premiers appartiennent à ces sociétés où l'ensemble des forces socio-politiques aspirant au changement ont choisi de faire passer le renversement de la dictature avant le positionnement partisan et l'affrontement idéologique. Les seconds continuent à voir les aspirations de leurs peuples respectifs à une meilleure gouvernance annihilées par des alliances ethniques et des ambitions personnelles qui ne laissent aucune place à l'idéal républicain.
Dans bon nombre de discours cependant, le premier coupable est vite trouvé au sud du Sahara.

C'est le Nord et son néo-colonialisme, son soutien éhonté aux dictateurs. Aussi valable qu'il soit, cet argument a été relativisé par la première Afrique, laquelle n'a demandé son « permis de faire dégager » ni à l'Élysée ni à la Maison Blanche. Plutôt que de dépenser l'essentiel de son temps et de son énergie à faire le procès de ceux qui conspireraient pour la maintenir dans la pauvreté et l'oppression, cette Afrique ne devrait-elle pas plutôt amorcer son autocritique et comprendre que si elle veut la démocratie, c'est à elle et à elle seule d'en payer le prix ? Que la plénitude de ses droits fondamentaux n'est pas un cadeau qu'elle recevra d'un Deus ex machina ? De fait, l'année qui s'est achevée nous a révélé que si les uns ont pris le parti de payer le prix d'une liberté dont les dividendes seront bientôt connues, les autres ont remis à demain - je n'ose dire aux calendes grecques - cette révolution coûteuse qu'ils n'osent se permettre.

Luttes hybrides, victoires indigestes

Il y a eu, enfin, la troisième Afrique, à cheval entre les deux, politiquement parlant. C'est celle du spectre Abidjan - Tripoli qui nous est apparue tel Janus, le dieu romain aux deux visages : d'un côté la fronde d'une majorité du peuple dans une révolution escamotée (Libye) ou une « démocratie confisquée » (Côte d'Ivoire) et de l'autre côté, l'intervention militaire étrangère qui ne sera pas sans conséquence pour les régimes qui, au final, en ont tiré bénéfice.

Cette Afrique, si elle a donné du grain à moudre aux tenants du discours anti-néocolonialiste sur le continent, a aussi lancé un défi à nombre d'intellectuels Africains. Combien auront la force morale de reconnaître que malgré les critiques pertinentes qu'elle soulève, la doctrine juridique de la responsabilité de protéger peut s'avérer le dernier rempart face à la folie d'un tyran enfermé dans ses certitudes ?

Là se trouve peut-être le nœud de l'équation ivoiro-libyenne avec ses multiples atteintes aux droits de l'Homme et autres promesses des « rivières de sang » faites à un peuple criant sa soif de liberté et de justice. Chacun y apportera sa réponse et décidera de jeter ou non le bébé d'un sursaut légitime des peuples avec l'eau du bain d'une ingérence bénie par l'ONU.

La "révolution par procuration" n'aura pas lieu

Pourrait-on allonger la liste des Afrique en ajoutant à cette réflexion d'autres pistes ? Je n'en doute pas un seul instant. Il n'empêche que les trois Afrique présentées ici livrent un portrait qui méritait qu'on s'y arrête alors que commence cette nouvelle année qui apportera son lot d'événements. C'est le portrait d'une Afrique qui partage les mêmes causes de grogne depuis les indépendances (régimes totalitaires, corruption, népotisme, disparités sociales criantes du fait d'une mauvaise répartition des richesses nationales - manne pétrolière là-bas, royalties générées par le paradis minier ici) sans que les mêmes maux ne produisent partout les mêmes effets. Ainsi va ce continent où trois destins se sont forgés sans s'influencer les uns les autres.
De la même manière que les secousses de la « démocratisation » des pays subsahariens avaient laissé indifférent le Maghreb et l'Égypte au début des années quatre vingt-dix, le "printemps arabe" n'a pas franchi le « rideau de sable » africain. Derrière celui-ci se trouve une Afrique noire dont une partie continue à croire au pouvoir du bulletin de vote, malgré le cercle vicieux de rendez-vous manqués. Qu'elle en soit consciente ou non, cette Afrique-là est à l'heure du choix. Elle pourrait laisser la pendule de la géopolitique mondiale indiquer l'heure de sa libération supposée par les forces étrangères avec ce que cela implique de bon et de moins bon (comme en Côte d'Ivoire et en Lybie). La seule alternative qui vaille et à laquelle je la convie, est de comprendre que personne ne tracera à sa place la voie de sa pleine émancipation politique si pour une foule de raisons - car celles-ci ne manquent pas -, elle décide... de ne rien décider pour son devenir.

Blaise NDALA

(juriste des Droits de l'Homme)

Source  :  Le Huffington Post le 28/01/2012

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