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Le PSG est-il en train de tuer la Ligue 1?

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Le club de la capitale semble injouable cette saison. Au point de provoquer d'ôter tout intérêt au foot français?

Seule équipe encore invaincue, le Paris Saint-Germain caracole en tête de la Ligue 1, avec de très bonnes statistiques. Aucune défaite à son actif, une moyenne de trois buts marqués par match, avec son trident offensif Neymar-Cavani-Mbappé. De quoi alimenter les critiques, et notamment celles de Jean-Michel Aulas: 

«Si vous empilez des joueurs avec de l'argent surnaturel dans une même équipe, vous n'avez plus de compétition», avait déclaré le président lyonnais fin août sur RMC.

De telles analyses peuvent sembler exagérées. Après tout, la saison dernière, ce n’est pas le PSG mais l’AS Monaco qui a terminé champion. Nice, 10e budget de Ligue 1, s’est même retrouvé dans la course au titre.

Mais il y a deux ans, les joueurs menés alors par Laurent Blanc avaient explosé le record de points total (96), avec 29 points d’avance sur le second. Ils avaient été sacrés champions au milieu du mois de mars, lors de la 30e journée, battant l’ancienne meilleure performance française: celle de l’Olympique Lyonnais en 2006-2007, sacré à l’occasion de la 33e journée.

A l’époque aussi, on disait que le club rhodanien annihilait tout suspense. Ce qui n’empêche pas les piques et remarques du président Aulas envers les Parisiens. En 2016, il s'inquiétait ainsi, sur Twitter, des conséquences du budget démesuré du PSG sur le championnat :

Le Psg poursuit 1politique excessive d'investissement qui va abaisser la compétitivité d notre L1:trop c trop.

 

Un rôle d'accélérateur pour le niveau du championnat

«Je ne pense pas que le PSG ait tué la Ligue 1, estime le journaliste Mathieu Faure, qui travaille pour Nice-Matin et SoFoot et est supporter du PSG depuis l’enfance. C’est tellement fantastique qu’ils peuvent perdre partout. Ils peuvent perdre à Montpellier, Angers, Dijon ou Marseille. C’est un championnat très compliqué et dès que vous prenez une équipe de haut, vous vous faites rentrer dedans. A priori, je pense qu’ils vont être champions car ils ont une trop grosse équipe pour ne pas le faire. Mais ils sont loin de tuer le suspense.»

Et le journaliste de citer un parcours jamais aisé pour les Parisiens. «Ils sont souvent tombés sur de bons adversaires. L’OM de Bielsa, le Monaco de Ranieri, le Lyon de Lacazette il y a trois ans…». Sans oublier le titre de Montpellier, lors de la première saison du PSG dirigé par Qatar Sports Investments (QSI).

«Au contraire, ça amène des regards extérieurs sur la Ligue 1, poursuit le journaliste. Un championnat où il y a Jardim, Emery, Bielsa, Ranieri, Garcia… Je ne pense pas que ça le tue. Ça permet d'offrir un regard nouveau et de donner envie à des joueurs de venir. Et parfois de gros joueurs. Je ne sais pas combien de footballeurs ayant gagné la Ligue des champions sont dans nos équipes, mais c’est le jour et la nuit par rapport à il y a dix ans. Je pense que le PSG a joué ce rôle d’accélérateur, et qu’il va continuer à le jouer».

Mais quid des supporters parisiens, passés en dix ans d’Amara Diané —qui a sauvé le club de la relégation— à Cavani, Mbappé et surtout Neymar?

«Avant, on perdait 1-0 contre Nancy, on égalisait à la 93e, on célébrait ça comme une finale de Coupe du monde, racontait fin septembre le vice-président du Collectif ultras Paris (CUP) aux Cahiers du Football. Les ultras soufflaient la première bougie de leur retour au Parc des Princes, avec une victoire 6-2 face à Bordeaux. Maintenant, la victoire est quasiment acquise avant même le début du match. On peut perdre, mais franchement, tu n’as pas l’adrénaline. C’est différent… Il y a moins la surprise de se demander si tu vas faire un nul ou perdre. Ce n'est pas que ça gâche le plaisir, mais il n’y a plus la même pression.»

Un nouveau public en quête de grand spectacle

Il faut dire que les travées du Parc des Princes ont beaucoup évolué depuis dix ans. L’arrivée des stars a également amené une frange du public plus consommatrice et moins supportrice dans les travées.

«C’est naturel, même si je n’ai pas la même philosophie du supporter, précise Xavier Chevalier, supporter parisien depuis plus de trente ans et rédacteur en chef du site Virage. Les gens vivent le football différemment et à Paris, plein de gens viennent désormais pour voir un spectacle et des buts. Le football est devenu l'un des éléments les plus importants du monde en terme de consommation. C’est comme si tu allais au cinéma ou théâtre».

 

Un avis partagé par Mathieu Faure, pour qui la foule des supporters parisiens se compose des fans de longue date, d’un public plus jeune venu au stade en même temps que les stars mais désireux d'apprendre les codes, et de gens «qui ne s’intéressent pas du tout au foot et qui suivent le PSG parce que ça fait bien et que le Parc est un endroit hype»:  

«Ça, c'est le revers de la médaille pour tout club, concède-t-il. Ce n'est pas propre au PSG, mais aussi à tous les sports et toutes les franchises.»

Pour autant, parmi l'ensemble des supporters du PSG interrogés, pas un ne dit manquer de passion aujourd’hui ou être blasé lorsqu’on franchit les portes d’entrée du Parc.

«Il y a une espèce de truc viscéral qui va au-delà de tout ça, lance Xavier Chevalier. Moi j’y vais pour être avec mes potes, pour retrouver des mecs qu’on ne voit que dans les tribunes. Il y a une espèce de truc clanique. Ça va au-delà des gens qui jouent, du score, de plein de choses. Je comprends que certains puissent quitter le stade avant la fin, même si je n’adhère pas. Je peux comprendre que d'autres ne viennent pas aux petites affiches par peu d’intérêt, même si je n’adhère pas. Mais je ne pense pas que ce soit un risque: Lyon a marché sur la Ligue 1 pendant dix ans. Et Gerland était plein. Saint-Etienne a dominé pendant des années. Le stade était plein».

À chaque match, un enjeu différent

Pour Robin Walter, dessinateur de bandes dessinées et supporter du PSG, chaque saison «est un nouveau feuilleton». S’il y a eu des saisons —comme celle de 2015-2016— où le suspense avait rapidement disparu, ça ne dépendait pas que de Paris, mais aussi d'adversaires assez faibles: «Cette année, ils ne sont pas loin. Il suffit d’un match où Monaco gagne contre Paris, et tout serait relancé», pense cet amoureux du club de la capitale depuis 1993.

C'est en effet avec la victoire de l’OM en Coupe d’Europe que Robin Walter a compris l’importance du football de clubs. Il a même publié une BD en deux tomes sur le sujet, Prolongations.

Pour lui, il est normal qu’il y ait «forcément un favori en début de saison». C’est même le cas partout, «sauf en Angleterre». Il se remémore avec nostalgie les années avant la domination de Lyon ou celles entre Lyon et Paris, où le vainqueur était toujours différent, mais ne perd pas pour autant sa passion: 

«On se dit toujours que ça peut être une année sans, que ça va s’arrêter un jour. Moi, à chaque match, je me réjouis. Chaque rencontre est différente, on peut se régaler avec chaque adversaire. À Dijon par exemple, on peut penser que ça va bien se passer et finalement on a une victoire à l'arrachée et les joies sont différentes», continue le dessinateur.

Florian Gazan, animateur de télévision et de radio et chroniqueur sur l’Equipe TV est du même avis. Il cite Carton Jaune de Nick Hornby: «Ce qu’il raconte, c’est que chaque match a son histoire, sa vérité, son stade, sa tension…»

Ce supporter du PSG, tombé amoureux du stade puis du club lors d’une sortie scolaire au Parc, loue la grande différence des affiches du PSG:

«Il y a des matches où il faut attendre les dix dernières minutes pour que l'on marque. Donc la tension monte, encore plus avec une telle équipe. Il y a une obligation de gagner: aujourd’hui, un nul est presque un début de crise».

Il ne se dit jamais blasé car il «aime le foot» et a le souvenir de matches où «sur le papier, c’était pourri mais qui sont de plus gros souvenirs que de grandes affiches».

«Rien n’est gagné d’avance, donc si tu penses que le suspense n’existe plus et que ça n’a plus d’intérêt, arrête de regarder du foot!», lance Xavier Chevalier, qui indique également qu’une saison est à géométrie variable:

«Tout est possible. Mbappé peut se faire les croisés, Neymar peut se péter le dos, la dynamique de l’équipe peut s’inverser».

Et pour ce supporter de longue date, le sentiment est le même, que ce soit Dijon, le FC Barcelone ou Anderlecht en face:

«Je flippe. Je ne peux pas regarder un match du PSG à la télé, ce n’est pas possible. Ou alors il faut beaucoup de monde autour de moi, sinon je suis trop stressé. C’est pour ça que je suis au Parc, je m’y sens beaucoup mieux.»

Soif de titres

La boule au ventre, Mathieu Faure l’a également avant chaque match:

 «C’est tellement un sport irrationnel que j’ai du mal à comprendre les gens qui arrivent au stade et se disent que ça va être réglé comme du papier à musique», lance-t-il.

S’il concède que le PSG a beaucoup plus de chances de s’imposer quand il évolue sur sa pelouse, il trouve génial «qu’avec une équipe à 500 millions, on se dise qu’on ne va pas marquer face à un défenseur qui a trois matches en Ligue 1».

Les supporters comme lui ont toujours soif de titres. Pour une raison simple: tout n’a pas été rose pour eux. Avant Ibrahimovic ou Thiago Silva, ils avaient Jérémy Clément ou Fabrice Pancrate:

«Je me suis passionné comme supporter du club en suivant le pire PSG de l’histoire. Et c’est pour ça que je n’arrive pas à être rassasié ou blasé. Je veux gagner des Coupes de la Ligue et des Trophées des champions parce que pendant dix ans, je n’ai rien gagné».

Lors du titre de 2013, le premier depuis 1994, Mathieu Faure s’est retrouvé devant la télévision et a eu «envie de pleurer, parce que c’est immense et que pour le dernier titre, j’avais 12 ans et je ne m’en souvenais pas».

Lui n’arrivera jamais à se dire qu’ils ont «juste» gagné un championnat: 

«On n’en a pas gagné assez dans notre histoire pour en galvauder un. J’accueille chaque titre à bras ouvert parce qu’un club qui marche sur la durée est un club qui gagne des trophées», conclue-t-il.  

Xavier Chevalier a lui aussi tout connu: les années Canal avec Weah et Raï, les années pourries. Et tout ça ne remet pas en cause son affection pour le PSG:

«Je kiffe toujours autant, même si c’est différemment. Lors du match contre Marseille [un nul 2-2 avec égalisation à la dernière minute, alors que les Parisiens étaient en infériorité numérique, NDLR], j’ai eu l’impression de retrouver la victoire avec le but de Fabrice Fiorèse au Vélodrome [lors de la saison 2003-2004]. Alors que là, on n’a pas gagné. Profitons juste de tout cela, ça ne durera pas».

Le plaisir diffère, les joueurs changent mais la passion reste. Comme le suspense.

 

 

Christophe-Cécil Garnier

 

 

Source : Slate

 

 

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Mis à jour le vendredi 3 novembre 2017 12:39

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