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Politique - Religion

De la Libye à la Mauritanie, les Musulmans célèbrent les vieilles traditions de l'Aïd dans un contexte de changements historiques.

Les habitants du Maghreb célèbrent l'Aïd al-Adha dans un contexte de turbulences et de grandes difficultés économiques. Mais malgré la situation, l'espoir subsiste.

En Libye, les célébrations ont commencé le dimanche 6 novembre, alors que les fidèles fêtent le premier Aïd sans Mouammar Kadhafi. Mais ces fêtes font également apparaître les dommages infligés au pays après huit mois de guerre, avec des familles qui se retrouvent désormais sans soutien familial.

"Je ne sais pas à quoi ressemblera l'Aïd cette année", explique Rabia Mustafa. "Mon frère a été tué à la guerre, et mon fils a été blessé et il est soigné à l'étranger. Notre famille n'a vraiment rien à célébrer."

Le pays continue à souffrir de problèmes économiques, avec des banques qui manquent d'argent et une forte hausse des prix du mouton et des biens de base. Un mouton se vend 1 200 dinars libyens, alors que le prix de vente moyen est inférieur de moitié, à près de 600 dinars.

Le Conseil national de transition (CNT) a tenté d'alléger la situation en important des moutons. Certaines associations caritatives distribuent également des moutons aux familles dans le besoin et leur apportent une aide financière pour faciliter leurs achats. "Nous pensions que le fait d'importer des moutons permettrait de faire baisser les prix, et de proposer des moutons à moins de 200 dinars, un prix abordable pour chacun", a indiqué Faraj Ali. "Mais c'est le contraire qui s'est produit."

Issa Khalifa, un commerçant libyen, dit avoir importé des moutons de Tunisie. "Ces moutons étaient au départ des moutons libyens qui avaient été envoyés en Tunisie, mais leur prix était élevé, même en Tunisie. L'Etat ne nous a pas aidé financièrement, et ne nous a apporté aucune facilitation", a-t-il expliqué.

Les Tunisiens célèbrent eux aussi l'Aïd al-Adha dans un nouveau climat de liberté. Loin de fêter l'accession au pouvoir de Ben Ali en ce 7 novembre, ils célèbrent le premier Aïd depuis la révolution.

"Cette année, le 7 novembre est très différent ; c'est une double occasion pour les Tunisiens : l'Aïd al-Adha, et le fait que nous ne célébrons plus une fête qui nous était jusqu'alors imposée", déclare Mouin Sahli.

Le choix du mouton pour cette occasion est l'une des plus anciennes traditions associées à cette fête. Abd Sattar Amamou, spécialiste du patrimoine tunisien, explique que "lorsque le bélier arrive à la maison, la femme lui lave les pieds pour les débarrasser de la terre, après avoir vérifié sa viande et sa laine. Ensuite, les enfants lui décorent les cornes avec des "taema", des tresses de laine de plusieurs couleurs qu'ils ont préparées quelques jours avant."

"J'ai acheté toutes les choses pour l'Aïd, et mon mari a acheté le mouton", dit Moufida Labbassi, une ménagère, à Magharebia. "Cette année, les prix sont trop élevés et totalement déraisonnables ; nous devons faire face à de grandes difficultés."

Ahmed Mathlouthi, directeur du Commerce intérieur au ministère du Commerce et du Tourisme, a cependant affirmé vendredi dernier qu'il escomptait une baisse des prix des moutons.

Il a expliqué que 1 400 bêtes avaient été vendues au premier jour au siège de la société des viandes. Des points de vente supplémentaires ont été ouverts dans les grands centres commerciaux, où les prix s'échelonnent entre 250 et 400 dinars (entre 125 et 200 euros).

Les Marocains célèbrent l'Aïd dans un contexte de grandes difficultés économiques

Comme en Tunisie, l'Aïd al-Adha oblige les fidèles marocains à puiser dans leurs économies pour acheter le mouton du sacrifice. Nombre d'entre eux vendent des objets personnels ou se tournent vers les membres de leurs familles ou vers des prêteurs sur gage. Mais dans leurs efforts pour acheter le traditionnel mouton, beaucoup sont victimes des pratiques de commerçants sans scrupules.

Parmi les tactiques employées par ces derniers, l'utilisation de sels de roche ou de levure pour "gonfler le mouton", une pratique qui augmente le risque de mort de l'animal avant le grand jour. C'est ce qui s'était produit l'an dernier pour Hafsa Toumi, une ménagère.

Elle avait acheté un bélier pour 2 000 dirhams (178 euros) sur le marché hebdomadaire, mais le lendemain, l'animal était mort.

"Selon le vétérinaire, le mouton était mort par suite de la grande quantité de sels de roche qu'il avait ingurgité, ce qui avait été pour moi un grand choc, parce que je l'avais acheté à crédit. Mes enfants et moi nous sommes retrouvés chez mes parents, dans une grande tristesse", explique-t-elle.

Sellami Ahmed, un enseignant, a également été victime d'un commerçant peu scrupuleux. La bête qu'il avait achetée lui avait coûté 2 500 dirhams. Elle était morte douze heures plus tard. L'animal avait été gonflé à l'aide d'une pompe à vélo.

"Ils avaient soigneusement pratiqué une entaille dans l'une de ses pattes arrières, y avaient injecté de l'air, et l'avaient recousu. Le pauvre mouton avait certes l'air gras, mais n'avait pu résister à une telle torture", explique Ahmed à Magharebia. Il était retourné voir le négociant et son intermédiaire, mais ceux-ci avaient "disparu dans la nature", ajoute Ahmed.

Les professionnels condamnent de telles pratiques, et appellent à une plus grande sensibilisation du public pour éviter de tomber dans les pièges tendus par des négociants frauduleux.

Hamid Chenbouti, un agriculteur, indique que de nombreuses pratiques malhonnêtes sont utilisées intentionnellement pour tromper les clients. Il ajoute que certains agriculteurs sont également impliqués dans cette tricherie, en donnant aux moutons de la nourriture d'origine animale ou d'autres produits destinés à la volaille, comme du cicalime.

"Il faut des contrôles renforcés, à la fois sur l'élevage et sur la vente, qui culmine quelques jours avant la fête sacrée. Si la télévision ou la radio publique diffusaient des émissions sur ce sujet, le public serait plus en mesure de faire les bons choix", ajoute-t-il.

La sécheresse inquiète les fidèles en Mauritanie

En Mauritanie, les marchés regorgent de clients à l'approche de l'Aïd, mais dans le tohu-bohu des préparatifs, nombre d'entre eux s'inquiètent des conséquences de la sécheresse que connaît le pays.

"Dans tout le pays, éleveurs et citoyens attendent avec anxiété les résultats du programme gouvernemental de lutte contre la sécheresse qui a été annoncé la semaine dernière", explique le sociologue Mohammd Ould Abidi à Magharebia.

A Nouakchott, les marchés sont remplis de nouveaux arrivants venus des régions rurales frappées par la sécheresse, selon le journaliste Mohamed Ould al-Aqel, qui ajoute que cette migration a été occasionnée par les très rares précipitations de l'automne dernier, qui ont considérablement raréfié les ressources dont dépendent de nombreux agriculteurs des régions rurales.

Mais cette situation a également entraîné une forte chute des prix des moutons cette année. "Les familles les plus pauvres peuvent acheter un mouton pour l'Aïd, mais ne peuvent acheter des vêtements pour leurs enfants", ajoute Ould Abidi. "La raison en est claire : l'augmentation des prix des carburants, qui a entraîné une forte hausse des prix des biens de consommation et des biens secondaires."

"Parallèlement, les prix du bétail ont chuté par suite du prix élevé des fourrages et de leur rareté, ce qui a poussé les éleveurs à se débarrasser de leurs bêtes en les vendant plutôt que de les laisser périr", ajoute-t-il.

Une situation qui a transformé les grandes artères de Nouakchott en autant de stands de vente de moutons. Le nombre de bêtes a dépassé 6 000, selon Mohamed Imbarak, un vendeur de bétail.

"Nous transportons les bêtes depuis la province de Hodh Ech Chargui, à quelque 1 200 kilomètres, pour venir les vendre dans la capitale", a-t-il ajouté. "Mais leurs prix sont très bas cette année, allant de 14 000 à 15 000 ouguiyas (38 euros) seulement, contre 30 000 ouguiyas (76 euros) lors des précédents Aïds."

Essam Mohamed à Tripoli, Houda Trabelsi à Tunis, Siham Ali à Rabat et Jemal Oumar à Nouakchott

Source  :  Magharebia le 07/11/2011

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source : www.kassataya.com

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